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Il y’a quelques jours, il était évoqué sous l’angle de Blue Collar et l’Hollywood de la fin des années soixante-dix, les restes spasmodiques d’un cinéma interpénétrant le genre, avec ce caractère dominant des paraboles qui livrait une critique de l’idéologie dominante américaine. Dès lors, parmi ces réalisateurs ayant traversé les décennies en imprimant à l’écran l’envers des mythes, il en est un dont l’adaptation de « The Choirboys », écrit par Joseph Wambaugh, semblait tout acquis à sa cause: Robert Aldrich.
Bien que la collaboration tourna court avec l’écrivain en raison d’un différent portant sur la conclusion à donner au film (Wambaugh obtint même qu’il ne soit pas crédité en tant que scénariste, au générique), il reste que son sujet (le quotidien d’un commissariat de police au travers d’un petit groupe de policiers de Los Angeles) allait conserver, à l’écran, tout son sens de la virulence et du grinçant. Parce que l’on s’appelle Robert Aldrich ou l’on ne s’appelle pas.

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D’abord témoignage de l’exercice des fonctions du policier dans la cité des anges, Bande De Flics est à ce titre très proche de Les Flics Ne Dorment Pas La Nuit de Richard Fleischer (lui aussi, tiré d’un livre de Joseph Wambaugh), que ce soit dans sa façon de livrer une chronique réaliste de ces hommes en uniformes que d’un schéma narratif, dont la salle de briefing allait servir de détonateur, s’articulant sur leur activité sous la forme d’épisodes.
Mais là où Richard Fleischer (sans pour autant en faire un mauvais film, loin de là) orientait son étude du métier de manière consensuelle, Bande De Flics et Robert Aldrich rompait avec la magnification de l’uniforme et jetait un pavé dans la mare, éclaboussant le badge et ses mœurs. Au rythme de la vie de cette brigade de flics où cohabitait, parfois avec heurts, le portrait ethnico-social du Los Angeles des années 70, Aldrich filmait un monde animal -leur monde animal- dont chaque cm² de territoire, était gangréné par la corruption et le vice, envahissant jusqu’à l’étendue du parc MacArthur, espace de regroupement de la bande, qui s’y retrouvait pour organiser beuveries, orgies et farces en tout genre.

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Dominé par la satire outrageuse rappelant à quel point l’humour Aldrichien n’en est que plus efficace lorsqu’il est thématisé à l’intérieur du genre, la férocité avec lequel le film attaquait la corporation rappelait à bien des égards la façon dont Mike Nichols y allait aussi avec le bâton dans Catch 22, encore qu’il semble que Bande De Flics tire les ressources de l’humour noir jusqu’à sa rupture, comme dans cette scène où, censé empêcher le suicide d’une jeune femme, les agents de police Roscoe (Tim Mc Intire) et Proust (Randy Quaid), la précipite directement vers la mort en raison d’une absence totale de dialogue commisératif.
Mais en vérité, c’est qu’au travers de l’incompétence et l’inexpérience des hommes de terrain, Robert Aldrich vilipendait le système et sa hiérarchie, du mécanisme à son implication. Ainsi, la remise des médailles par le sergent Riggs (Robert Webber, impeccable en chef pourri) à Roscoe -flic fasciste et violent- pour conduite exemplaire, concentrait à la fois racisme, sexisme et excès répressif. Engagement d’un cinéaste sur tous les fronts, l’on avait droit dans la bouche du capitaine Riggs à la mise au ban de l’Amérique de Jimmy Carter, anticipant jusqu’au futur politique de la nation : « Ce dont le pays aurait besoin, c’est d’un gouvernement qui aurait de la poigne ! Comme autrefois ! ». Remarque à laquelle répondait avec ironie le sergent Yanov qu’interprétait Charles Haid, « Bravo capitaine Riggs, vous venez sans doute de réussir à transformer 85 hommes calmes, en une horde assoiffés de vengeance ».
Ou quasiment toute l’oeuvre Aldrichienne en une séquence.

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Autopsie de la machine policière par le rire, le film n’en finissait plus de gagner en profondeur en basculant dans le drame après le suicide d’un agent, faisant s’élever le caractère rédempteur des personnages, soudainement confrontés au sordide du métier touchant un des leurs. Robert Aldrich profitait de l’habile construction de son film pour livrer à cet instant les raisons de son prologue au Vietnam (jusqu’alors plus évoqué) et laisser poindre, sans que le spectateur ne s’y attende en regard du sujet initial, le fantôme de la guerre de la main d’un policier psychologiquement abimé par le trauma vietnamien (une bavure sur un jeune homosexuel).

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Servi par une interprétation où se côtoyait, entre autres, Don Stroud, James Woods, Lou Gosset, Perry King, ou encore Charles Durning (figure de proue du héros Aldrichien dans ce film), Bande De Flics, après The Grissom Gang (1971), L’Empereur Du Nord (1973), The Longest Yard (1974), La Cité Des Dangers (1975) et L’Ultimatum Des 3 Mercenaires (1977), faisait sortir son réalisateur des seventies de la même façon qu’il y était entré : comme un bulldozer.

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