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L’histoire : A la fin des années 60, un jeune gamin du Bronx, Anthony Curtis (Larenz Tate), s’engage en tant que Marines dans le conflit Vietnamien. 4 ans plus tard et autant de combats, Curtis revient dans un quartier qui a considérablement changé…

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1993. Dans la mouvance d’un genre fortement marqué par l’affaire Rodney King et l’explosif climat social qui s’ensuivit, les frères Albert et Allen Hughes asseyait sur ce baril de poudre en même temps que le début de leur notoriété, le sulfureux Menace II Society, brûlot anti American way of life, qui accéda très vite au statut de film référence pour tout une génération bercée au « Fuck the police » de NWA (pour les autres, c’était quoi le groupe de rock le plus subversif de l’époque?).
2 ans plus tard, fort d’un deal avec Disney (!) via sa branche Hollywood Pictures et d’un engouement certain à leur égard, les Hughes Bros remettaient ça en filmant le conflit Vietnamien et ses conséquences, presque 10 ans après le film d’Oliver Stone…

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Souvent comparé à Voyage Au Bout De L’Enfer, la première partie de Génération Sacrifiée lorgne surtout du côté d’American Graffiti dans sa version des bas-fonds, autant au travers de la légèreté naïve du personnage de Curtis que de la nostalgie rétro qui s’en dégage.
Dans un Bronx qui rythme son quotidien au son des tubes de James Brown et de la candeur des soirées estudiantines (bon OK, entre bédos, alcool et nichon, le mot « candeur » n’est peut être pas si approprié que ça), les deux frères imprègnent sur pellicule la fin des sixties avec une décontraction troublante. Ils n’y évoquent pas l’avènement du Black Power, et ne mentionnent pas plus les Civil rights act que le symbole Martin Luther King. D’emblée, à la vision de ce premier acte, une question taraude le spectateur : le système aurait il eu raison d’Albert et Allen Hughes ?
Trente minutes durant, la réponse s’est pourtant affichée à l’écran en toute subtilité. Car en dégageant les enjeux principaux de leur film autour de personnages Noirs, les Hughes n’omettaient pas pour autant de délivrer un message militant : à l’aube d’une véritable révolution culturelle, l’Amérique ne pouvait plus ignorer ses minorités. Sorti de cette subliminale double lecture, Génération Sacrifiée allait soudainement prendre un tournant historique qui impliquera la population Noire comme Blanche : la guerre du Vietnam.

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Point de départ du conflit, l’engagement de Curtis sera symbolisé par une éclatante ellipse. Alors que ce dernier vient de perdre sa virginité (tout un symbole) et qu’il fuit à grandes enjambés les foudres de la marâtre de la jeune fille avec laquelle il vient de s’acoquiner, l’environnement ambiant laisse bientôt place au vacarme de l’artillerie lourde et des explosions, démontrant – s’il en était besoin – toute la maîtrise manifeste du récit dont savent faire preuve les Hughes. Et si l’on peut reprocher à cet instant du film le manque d’authenticité de la jungle Vietnamienne (tourné en Floride, et sans doute pas mal de studio), la violence présente à l’écran y figure, elle, avec un réalisme impitoyable. Ne politisant jamais cette partie du métrage par la voix de leur héros (Curtis s’est engagé volontairement dans cette guerre), les Hughes insistent surtout sur la cruauté des soldats US et Viêt-Cong, balayant toute célébration patriotique au profit d’une radicalité extrême. C’est d’ailleurs, la même escalade dans la violence qui accueillera Curtis à son retour du Vietnam, la liesse du début de film ayant laissé place à un durcissement de ton évident.

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Dans un pays meurtri et divisé par la guerre, les Hughes, toujours par l’intermédiaire du personnage de Curtis, refusent toutefois tout manichéisme, endoctrinement ou récupération politique, avec une lucidité qui force le respect. Et c’est seulement dans un final qui rappelle au début de La Horde Sauvage, que les Hughes renverront l’écho d’une Amérique malade et violente, ayant définitivement tourné le dos à ses laissés pour compte. Pour autant, et comme dans Menace II Society, ils n’excuseront pas (ou si peu) les actes de leurs personnages, la sentence prononcé par la voix de Martin Sheen (un clin d’œil direct au sergent d’Apocalypse Now) se révélant implacable.
Excellente version du conflit Vietnamien et de ses conséquences sociopolitique sur le sol US, Génération Sacrifiée subit une exploitation lamentable aux Etats-Unis, fut carrément inédit en salles chez nous, mais fit le bonheur des heureux propriétaires du laserdisc.
Alors je ne sais plus avec qui et où j’en parlais récemment, mais oui clairement, le cinéma des frères Hughes manquent à pas mal d’entre nous.


Revenez vite les mecs.

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