Summer Of Sam – Spike Lee (1999)

Publié: janvier dans Biopic, Drame
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L’histoire : New York, été 1977. Cette année là, la ville enregistre des records de chaleur dans la moiteur des soirées discos. C’est sous cette canicule historique qu’un serial killer – baptisé le Fils de Sam – massacre des couples en plein cœur du Bronx, plongeant les New-Yorkais dans la peur…

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L’une des choses les plus surprenantes à l’époque de la sortie de Summer Of Sam, fut la manière dont la critique interpréta la supposée volte-face de Spike Lee au regard de ses films précédents.
Pour beaucoup, en ne choisissant de ne tourner qu’avec des acteurs blancs, il s’agissait là d’une manière habile de se défaire de cette étiquette d’auteur rattaché à la cause Afro-Américaine, comme une preuve flagrante que le réalisateur – en quête de succès depuis Malcolm X – avait finalement cédé aux sirènes corruptible d’Hollywood.
C’est pourtant oublier qu’un film comme Do The Right Thing, œuvre polémique s’il en est, fut produit par l’un des studios les plus conservateurs qui soit (Universal) et qu’un autre comme Clockers (méconnu mais ô combien réussi) avait pour rôle titre des acteurs comme Harvey Keitel et John Turturro. Et puis, sans citer ceux ayant précédé Summer Of Sam, certains films de Lee s’apparentaient plus à des œuvres légères qu’à des métrages à la revendication prononcée et affirmée.
Non, l’envie qu’eut Spike Lee de tourner un film comme SOS, tint beaucoup plus en un lien qui s’avère être le fil conducteur de toutes ses œuvres : New York.

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L’idée pour Spike Lee était de revisiter avec nostalgie (à l’époque il avait 20 ans) des événements majeurs et on ne peut plus marquant de NY : en 130 mn, Lee filme l’examen clinique d’une ville étouffée sous la canicule, paralysée par un blackout, et en proie au serial-killer le plus meurtrier de son histoire.
Fort de ce background plutôt riche pour un seul film, le réalisateur de Get On The Bus – au travers de quelques habitants de Brooklyn – se permet même le luxe de greffer des faits de société (sexe, drogue) de manière particulièrement habile, d’évoquer les courants musicaux charnière de cette époque (disco, punk) et d’y aller d’un personnel hommage pour la grande équipe des Yankees.
Et c’est bien ça la grande force du film de Lee : engranger un maximum d’information avec un plaisir certain et les diffuser malicieusement au spectateur sans que celui-ci ne trouve l’ensemble indigeste ou superflu. Il est également important de comprendre que si, dans SOS, Spike Lee s’est gardé de mettre en avant la communauté noire, il n’en a pour autant pas oublier certains préceptes chers à sa filmographie. Le personnage interprété par Adrian Brody étant d’ailleurs la catharsis des maux tant dénoncés par le réalisateur : dans SOS, Brody est un jeune Punk victime d’exclusion sociale dans son propre quartier. Ce, qui pour certains ressemblera à une forme de provocation de la part de Lee, n’est finalement qu’une manière ouverte d’évoquer la ségrégation via l’un des mouvements musicaux contestataires les plus importants de l’époque (en fait, dans le film, Adrian Brody est un peu le Bill Nunn de Do The Right !).

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Il est intéressant de voir commet Lee s’est approprié l’histoire véridique de David Berkowitz (le serial-killer du film) afin d’influencer les trajectoires de chacun de ses personnages de fiction, jusqu’à ce final évoquant La Poursuite Impitoyable de Penn (qui fut déjà une influence majeure sur Do The…).
Loin des lourdeurs d’intention que laisserait supposer les grands contours de son œuvre, Lee filme toute l’expression de la rancœur sociale d’une ville à travers un thriller urbain abondamment baigné de sexe et de musique (mention spéciale à « Baba O’Riley » des Who, méchamment mis en scène et à « Everybody Dance » du groupe Chic, scène de partouze inside).
Toujours aussi peu avare en citations filmiques (de Taxi Driver de qui vous savez au Dead End de Wyler), la réalisation énergétique de Spike Lee confère à SOS un intérêt de tous les instants, rehaussé par le paradoxe des propos pessimistes tenus dans le film, et l’humour distillés dans ces mêmes séquences (le filmage de l’info spectacle – dans un rôle tenu par Lee himself – est croustillant).
Servi par un casting de circonstance, de John Leguizamo (il y’a quand même 9 chances sur 10 que ce rôle de zeurbé soit celui de toute sa carrière) à Mira Sorvino (que l’on aimerait voir plus souvent) en passant par Ben Gazarra (dans un rôle de mafieux local) et porté par une bande-son géniale où vient se greffer le score de Blanchard, Summer Of Sam démontre une nouvelle fois toute la superbe d’un auteur génialement anticonformiste.

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Spike Lee ? Le dernier héros d’Hollywood.

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