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Alors qu’aujourd’hui il semblerait que la référence avoué pour évoquer un grinçant tableau de la société Américaine soit une escroquerie titrée American Beauty, il convient non pas de réhabiliter (parce qu’on ne réhabilite pas les grands films) mais de rappeler, grâce à la magie du DVD, que cette 17è réalisation de Nicholas Ray n’était pas juste une alternative classique au film de Sam Mendes mais bien cette gifle qui allait ébranler les valeurs familiales, morales et religieuses de la société Américaine, généralement si fièrement étalés de coutume sur l’écran à l’époque.
Nous sommes en 1956, histoire que vous preniez véritablement toute la mesure de ce que peut être un film subversif.

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L’histoire nous amène donc à pénétrer dans la vie d’une petite famille modèle qui va basculer dans le désenchantement le plus total dès lors que le bienveillant maître de maison (James Mason, impérialement génial), sujet à de violentes douleurs, allait servir de cobaye à un nouveau médicament qui allait peu à peu modifier de manière néfaste son comportement…

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A l’origine, Nicholas Ray souhaitait se servir d’un fait divers mettant en cause la cortisone pour signer un film critique sur l’industrie médicale et pharmaceutique, mais la richesse du scénario lui permit d’œuvrer dans une entreprise de destruction du modèle idéologique Américain et de laisser à la justesse chirurgicale de sa réalisation le soin d’établir justement ce désordre dans un récit qui illustrait, à rebours, l’itinéraire généralement de mise dans le cinéma du réalisateur.

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Prenant le contre-pied des personnages principaux de ses autres films, Nicholas Ray filmait l’incarnation de l’idéal familial Américain sous les traits de James Mason, qui au terme d’une progression subtile allait se métamorphoser en un cauchemar pour tous ses proches en concentrant autant les désirs refoulés de la moyenne bourgeoisie que de se faire le haut-parleur d’une Amérique excessive et réactionnaire.
Ainsi, lors d’un conseil de classe, James Mason (dans le film, il interprète un instituteur) préconisera un retour à une éducation rigide, anti-pédagogique au possible, en portant un regard inquisiteur sur la télévision et les comics devant un parterre de parents d’abord interloqués, puis approbateur de ce discours venu d’un autre temps (n’était-ce pas là une référence des ravages de « Seduction of the innocent » du Dr Fredric Wertham dans la société américaine?).

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Dans les dernières scènes du film, Nicholas Ray visait, toujours par la voix de James Mason, le rôle de bouc émissaire joué par la religion ou, plus incisif, son endoctrinement qui justifierait les actes les plus violents (ici, le sacrifice d’un enfant) en son nom.
S’appuyant sur une mise en scène qui donnait tout son sens à l’amorce du déséquilibre du personnage de James Mason (l’emploi judicieux des décors d’arrière plans notamment, ou des angles de caméra) puis à son basculement dans la folie (cristallisé en la géniale scène du miroir), Nicholas Ray tirait à vif sur une société nourrie par ses doctrines et rites, portrait de l’Américain modèle en conflit avec ses turpitudes intérieures, dans un film dont on regrettera juste que le final démontre une fois de plus la mainmise toute puissante des studios sur les convictions transgressives d’un réalisateur nous ayant toutefois régalé 90 minutes durant.

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