Iron Fist – Roy Thomas & Gil Kane / Chris Claremont & John Byrne

Publié: janvier dans Comics
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Laboratoire qui assurait une exposition sous les spotlights des seconds rôles du marvelverse ou qui prenait la température ambiante –autant rédactionnelle que public- de ses nouvelles créations (pour dans un cas comme dans l’autre, promettre à ces héros les honneurs d’une série régulière), Marvel Premiere accueillait dans ses pages en 1974 et sur 10 numéros (une… première de longévité pour le titre !) un personnage imaginé par Roy Thomas et Gil Kane : Iron Fist.

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Impressionné par le succès rencontré par le Shang-Chi , Master Of Kung-Fu de Steve Englehart et sous influence d’un cinéma venu d’asie envahissant désormais les écrans américains, Roy Thomas, en fin editor (ou stratège), mis son énergie créatrice à pied d’oeuvre pour assurer les aventures nouvelles d’un héros (aux contours très bis) de l’univers Marvel.
Toujours très inspiré par les héros du golden age, c’est auprès de Bill Everett et de son Amazing-Man que Roy Thomas et Gil Kane allaient nourrir les origines d’Iron Fist.
Comme le héros de chez Bill Everett, l’homme au poing d’acier serait un blanc élevé et entrainé par des maitres des arts martiaux organisés en société secrète, quelque part dans les cimes de l’Himalaya. Si la similarité avec les origines d’Amazing-Man poussait Roy Thomas à également faire de Daniel Rand (Iron Fist dans le civil) un orphelin, c’était pour mieux coller au genre vers lequel se tournait son personnage qu’était imaginé une histoire de vengeance autour de la mort des parents de ce dernier.
Marvel Premiere #15 (« The Fury Of Iron Fist ») narrait donc la légende de K’un-Lun, cette cité qui apparaissait tous les dix ans quelque part au Tibet (parce que situé dans une dimension alternative !) et pour laquelle le milliardaire Wendell Rand et son associé Ward Meachum se mettait en quête. Mais parce qu’il ambitionnait de régner seul sur l’empire financier des Rand, Meachum assassina Wendell sous les yeux de sa femme et de son fils, le jeune Daniel. Abandonné dans la montagne, Daniel Rand ne dut sa survie qu’au sacrifice de sa mère qui le protégea d’une attaque de loups sanguinaires. Dès lors, recueilli par les moines de Kun-Lun, Daniel allait être initié aux arts martiaux par le puissant Lei Kung jusqu’à l’épreuve qui allait le mener, adulte, à maîtriser la technique du poing d’acier.
Désormais libre de rejoindre le monde occidental, Daniel Rand allait pouvoir assouvir la raison pour laquelle il surpassa des souffrances physiques et psychologiques durant toutes ces années : se venger de Ward Meachum.

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Pas sûr qu’un autre héros ait connu des origines aussi tragiques que celle d’Iron Fist bien que l’on pourrait m’opposer celle du caped crusader pour m’embêter.
Sauf que -sorti de toutes considérations d’époque respective- l’échelle de la cruauté était imaginée avec plus de… sadisme chez Roy Thomas que chez Bill Finger & Bob Kane. Quand l’un voyait ses parents abattus par un malfrat de deux coups de feu, l’autre connaissait l’horreur de voir sa mère déchiquetée par les loups et son père tomber dans le vide.
L’évidence, étant que les dessins de Gil Kane (encré par Giordano) agissent sans retenue à la lecture du drame ; ainsi, difficile de ne pas être happé par cette case dans laquelle surgissait les visages de Heather et Daniel au moment de la chute de Wendell Rand ou par le découpage de l’action du meurtre sauvage de la mère du futur Iron Fist.
Ce premier numéro de l’homme au poing d’acier dans Marvel Premiere #15, alternait d’ailleurs fait présent (l’épreuve du poing d’acier) et passé pour mettre en parallèle l’abnégation de Daniel Rand face à l’épreuve, à son drame vécu.
Bien que Gil Kane et Roy Thomas n’exercèrent leurs talents que pour ce seul et unique épisode, leurs successeurs, de Doug Moench à Tony Isabella, héritèrent autant de la méthode narrative introduite par les deux hommes (les récitatifs émettant le point de vue d’Iron Fist) que d’un personnage rigoureusement défini sous l’impulsion de sa vengeance, auquel il ne manquait plus que des tribulations super-héroïques.

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C’est d’ailleurs tout le paradoxe qui secouera les numéros suivants écrits par Doug Moench (Marvel Premiere #18-20) notamment, puisque normalement prévu pour reposer autour du mobile de l’action et de l’idée narrative de ses prédécesseurs, ses épisodes obéissaient avec rigidité au systématisme d’une formule empruntée aux…films d’arts martiaux justement, où à combattre des dangers mineurs, Iron Fist, à la conclusion de chaque épisode allait affronter un adversaire mortel qui finira seulement terrassé par la technique du « poing de fer » (la fameuse botte secrète).
Mais ce qui marquait durablement l’imagination au cinéma (ou à la télévision, pour ceux qui ont bouffé du film de tape les mardis soirs sur feu la cinq), peinait à décoller dans les pages de Marvel Premiere, malgré les efforts de Doug Moench à invoquer le tragique ou quelque deus ex machina.
Si Tony Isabella , des numéros 21 à 23, corrigeait quelque peu le tir autour d’une folle histoire de possession du père de Colleen Wing (personnage créée pour l’univers du Fist dans Marvel Première #19) par l’esprit d’un ninja désireux de se venger du clan de K’un Lun (préfigurant carrément Ninja III Domination de Sam Firstenberg !) et achevait sa courte contribution au héros par une fort jolie conclusion, c’est lorsque Len Wein, alors éditeur du Marvel Comics Group, confia les clés du personnage à Chris Claremont qu’Iron Fist allait quitter l’antichambre de Marvel Premiere pour basculer, en même temps que son auteur, dans la cour des grands.

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Tout commençait avec l’épisode intitulé « The name is… Warhawk ! » (MP #23) et ses incroyables premières pages dans lequel un sniper allumait tout ce qui bougeait dans un parc où se promenait Daniel Rand/Iron Fist et Colleen Wing.
En réalité vétéran du Viêtnam s’imaginant toujours combattre dans la jungle l’ennemi Viêt-Cong, le tireur fou kidnappait Colleen Wing après avoir mis hors-jeu Iron Fist.
Désormais lancé à la poursuite de celui qui se faisait appeler Warhawk, l’homme aux poings d’acier affrontait le dangereux psychopathe qui, au terme d’un combat acharné, finissait noyé dans les eaux d’un dock.
Délaissant le schéma dans lequel les aventures du Fist s’articulait jusqu’alors, Chris Claremont imaginait une histoire plus moderne et à la résonance particulière en cette année 1975, autour de ce mercenaire psychopathe devenu fou à son retour du Viêt-Nam. Quelque part entre un Travis Bickle de foire et l’inspiration combinée du Punisher de Ross Andru & Gerry Conway et du Deathlock de Moench & Rick Buckler, Claremont se saisissait de cette création pour livrer un épisode à la violence assez inattendu, recours à la fiction d’un événement traumatisant pour les consciences américaines.

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S’il y’avait de satisfaisant à de nouveau être embarquée par une histoire d’Iron Fist depuis Marvel Premiere #15, l’on relèvera que de Larry Hama (#16 à 19) à Pat Broderick (#23-24), l’homme aux poings d’acier échouait dans l’artistique, les illustrations de Broderick atteignant le point de non-retour dans l’épisode « Summerkill » (MP #24).
Et c’est précisément parce que ce dernier se rendit incapable de rendre une copie propre dans les délais promis, que la petite histoire allait rencontrer la grande sous les efforts conjugués de Chris Claremont et de John Verpoorten (alors superviseur des artistes pour le M.C.G.) d’engager un artiste britannique installé au Canada, dont le style -au trait puissant- se destinait à être un prolongement idéal aux histoires du nouveau scénariste de l’homme aux poings d’acier.
Ce dessinateur, c’était John Byrne.

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Selon l’expression améliorée « in the right place at the right time », il ne fallut qu’un numéro à Byrne & Claremont (Marvel Premiere #25) pour propulser le personnage d’Iron Fist vers les sommets d’un titre solo. C’est depuis le personnage d’Angar Le Cri qu’une folle intrigue impliquant la batterie de seconds rôles d’Iron Fist, allait nourrir le coeur des premiers numéros du titre.
Prolongeant les débuts d’une histoire ayant justement débuté dans MP #25 (le kidnapping de Collen Wing par des faux policiers), Iron Fist #1 allait faire s’affronter pour ses grands débuts dans une série régulière, l’homme au poing d’acier à… l’homme de fer.

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Lancé à la recherche de Colleen, Iron Fist trouvait une piste menant aux locaux de Stark Industries. Déjouant tous les systèmes de sécurité, Fist s’y introduisait espérant trouver les ravisseurs de la belle Colleen. A leur place, il croisera Misty Knight (dont il s’agira de la seconde apparition depuis MP #21) et affrontera surtout Iron Man, sur le classique thème du malentendu entre héros costumés ou selon une tradition empruntée au Marvel Team-Up.
Episode prétexte au parrainage d’Iron Fist par un héros populaire, « A Duel Of Iron! » allait malgré tout permettre à Chris Claremont de réintroduire le personnage de Misty Knight et lui offrir un rôle prépondérant dans la série.
C’est d’ailleurs sur ce leitmotiv que Claremont & Byrne secoueront tout particulièrement la série : replacer le supporting cast ailleurs que sur la place du faire-valoir et imprégner la série du concept de femme forte au travers de l’association Colleen Wing, Misty Knight et de la fille de Ward Meachum, qui cherchera à venger la mort de son père.

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Contre toute attente, Claremont & Byrne allait d’ailleurs offrir au lecteur une liaison entre Misty Knight et Daniel Rand/Iron Fist (la première, interraciale, lue dans un comic-book ?) là où en était attendue une entre l’homme aux poings d’acier et Colleen Wing. Les deux hommes leur préférait notamment une relation mystique articulée autour de leur passé respectif dans « Iron Fist Must Die! » (IF #7) dans un épisode, superbe, qui clôturait ainsi une aventure/arc débutée dans MP #25.
Episode de toutes les sensations, « Iron Fist Must Die! » nous valait également de tapageuses révélations autour du grand maitre de K’un-Lun (en vérité oncle de Daniel Rand et instigateur du meurtre de son père !) ou alimentait dans une sous-intrigue, l’apparition d’un mystérieux personnage engagé par la fille de Ward Meachum, Davos.
Alors que l’on reconnaissait chez Chris Claremont une tendance au verbeux et à la prolifération narrative, John Byrne affirmait de plus en plus une maitrise fantastique dans ses dessins et au lecteur de constater l’évolution de l’artiste au fil des numéros. Point d’orgue de cette manifestation artistique, l’épisode « Kung Fu Killer! » (IF #9) dans lequel Iron Fist affrontait le chef d’un gang chinois, Chaka Khan (!!!), ou encore le monstrueux « A Fine Day’s Dying! » (IF #10) où Fist y combattait le Wrecking Crew au complet (quelle case où crépitait l’énergie du Démolisseur et de Iron Fist dans leur face à face !).
On notera, par ailleurs, le début des facéties de John Byrne à disséminer d’innombrables références (pas encore acides, n’est-ce pas monsieur Shooter ?!) pour le lecteur (très) averti.

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Incontestablement, la série se mettait en place, inspirée dans les récits transverses et de l’exploration du personnage, prémice des cimes créatifs qu’atteindra le duo Byrne & Claremont dans un futur très proche.
Malheureusement, les intrigues articulées autour de la mythologie d’Iron Fist (l’énigme d’un formidable vilain comme Davos) ne trouveront aucune issue, la série s’arrêtant au numéro 15 dans un épisode ou Iron Fist rencontrait… les X-Men !
Nous sommes en 1977, et en même temps que mourrait le cinéma d’exploitation, les héros de papier nés avec le genre ne passionnaient désormais plus les lecteurs.
Mais avant la résurgence d’un genre surgonflé aux billets verts et instigué par Quentin Tarantino et Robert Rodriguez dans les années 2000, le Marvel Comic Group ressortait des cartons la bande dessinée grindhouse en associant la blaxploitation au cinéma de kung-fu.

Un jour d’avril 1978, naissait la série Power Man & Iron Fist.

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