Archives de février, 2013

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Je vous vois venir. Même dans les comics, les clichés ont décidément la dent dure, alors parce qu’il serait dommage de snober des personnages qui sous leur aspect « cartoonesque » développait des histoires aussi solides que les super-héros dont ils étaient la déclinaison animalière, retour sur une création née de l’imagination de Roy Thomas et dessinée par Scott Shaw dans les années 80 : Captain Carrot And His Amazing Zoo Crew!
Cette série, dont les personnages apparurent pour la première fois dans un épisode pilote publié dans The New Teen Titans#16 avant de bénéficier quelques mois plus tard de son propre mensuel, allait ainsi perpétuer une certaine tradition des éditeurs de comics pour les personnages de cartoon mangés à la sauce des super-héros, apparue dès les années 40 avec Mighty Mouse.

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Cette petite souris surpuissante affublé des mêmes couleurs que son modèle Kryptonien (avant de virer à la tunique jaune et rouge), s’installa dans les foyers Américains par l’intermédiaire d’un dessin animé (qui fut d’ailleurs diffusé chez nous vers la fin des 70’s) avant de finir dans les pages d’une série régulière éditée par Timely Comics. Profitant de l’engouement du public pour les petites bestioles à costume, d’autres éditeurs emboîtèrent rapidement le pas à Timely Comics, comme Fawcett Comics qui livra, avec Hoppy The Marvel Bunny, un décalque léporidé de Shazam, ou encore Archie Comics qui offrit à ses lecteurs Super Duck, un canard au coup de crayon quasi-identique au Donald Duck de chez Disney, et qui devait ses super-pouvoirs à l’absorption de vitamines.
De son côté, DC Comics attendit l’été 44 pour publier dans Funny Stuff les aventures de The Terrific Whatsit, une tortue dotée de super-vitesse au look du Flash de la JSA et dessiné par Martin Naydel, qui officiait également à la même époque sur deux titres de… Flash!
Deux ans plus tard, cette accointance avec le monde des super-héros de cartoon et celui des surhommes de chez DC, allait prendre un virage insoupçonné et anticipatif sur le DCverse et ses mondes alternatifs…

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En août 1946, un épisode de la JSA paru dans All Star Comics#30 allait opposer ses membres à Brain Wave, un super vilain capable de distordre la réalité et de provoquer des illusions.
Dans cet épisode, Flash, dont l’intermède était dessiné par Martin Naydel himself, allait se retrouver propulser dans un monde peuplé d’animaux de cartoon, similaire à celui crayonné dans Funny Stuff par son auteur, précédent en quelque sorte d’une quarantaine d’années Terre-C et le premier épisode de Captain Carrot And His Amazing Zoo Crew! introduisant Superman. Fortement inspiré par cette histoire et très imprégné par l’humour de chez MAD, Roy Thomas allait, dès lors, définir les contours de Captain Carrot au tout des début des 80’s.
Alors qu’il travaillait à l’écriture du numéro 34 de DC Comics Presents qui vit la réapparition de Hoppy The Marvel Bunny, Thomas associé à Gerry Conway, planchèrent sur l’idée d’une version animalière de la JLA qu’ils appelèrent Super Squirrel And The Just’ a Lotta Animal.

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Si pour d’obscurs raisons le projet fit long feu (on a parlé d’un problème de droits lié aux personnages originaux de la JLA, notamment pour Superman et Batman), le pitch, lui, fit son chemin dans les couloirs de la direction de DC pour que Jenette Kahn, l’éditrice d’alors, propose aux deux hommes de conserver le concept en évitant toutefois d’y reproduire les héros de la JLA. Regonflés à bloc, Roy Thomas et Gerry Conway travaillèrent sur une nouvelle mouture de leurs fantasques personnages dont ils proposèrent la mise en image à leur ami Scott Shaw, transfuge de chez Hanna-Barbera.
C’est ainsi, que de la même manière qu’il existait une Terre-S, Prime ou X, Terre-C (C pour.. cartoon évidemment!) allait accueillir l’univers créé par les trois hommes.

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Afin de bénéficier d’une audience certaine, le premier épisode de Captain Carrot & His Amazing Zoo Crew! (le point d’exclamation fut rajouté sur l’insistance de Dick Giordano !) fut donc publié en 1982 dans le numéro 16 de The New Teen Titans, et racontait comment Superman (dessiné par Ross Andru), à la suite d’étranges événements se déroulant à Metropolis (ses habitants régressaient subitement à l’état de primate), se retrouva sur Terre-C après avoir détruit le météorite à l’origine du mal sur Terre-1. Dans cet univers et cet épisode preview, l’homme d’acier fit donc la connaissance de Roger Rabbit* et de son alter-ego costumé Captain Carrot, avant de déjouer au côté d’autres supers-animaux, une machination orchestrée par Starro, un vieil ennemi de la JLA. Le Zoo Crew, composé de Captain Carrot, Rubberduck, Fastback, Alley-Kat-Abra, Yankee Poddle et Pig-Iron, était donc né et allait, 20 numéros durant, vivre des aventures aussi considératives et rythmées que celles des personnages du DCverse « normal « .

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Bien que Roy Thomas ne contribua à l’écriture du titre que sur onze numéros, la série subira peu les conséquences de son départ d’une part parce que ce dernier restera toujours très proche de l’équipe créative (Scott Shaw restant aux commandes) et de l’autre, parce que l’intégralité du titre, plus qu’un pastiche animalier des héros de chez DC que laisse supposer son pitch et ses images, intégrait avec brio toutes les composantes du comics de super-héros, en plus de déclarer un évident et formidable hommage aux films de monstres.
S’il y’avait d’ailleurs une poignée d’épisodes à retenir, on relèvera tout particulièrement celui de « The Macabre Menace Of The Mammal Called Armordillo » dans lequel apparaissait une mystérieuse organisation A.C.R.O.S.T.I.C. (et où le blues de Pig-Iron faisaient indubitablement penser à celui de La Chose et ce puissant épisodes des 4 Fantastiques « This Man… This Monster! ») ; « The Secret of Easter Bunny Island! » dans lequel apparaissait Oklahoma Bones Jr, fils d’un célèbre archéologue qui vous rappellera forcément quelqu’un; « The Bunny From Beyond » où nos héros allaient affronter une puissante menace extra-terrestre ; « Time Varmints » publié dans le numéro 9 et inspiré quelque peu par celui paru dans All Star Comics#30, dans lequel Fastback matérialisé en pleine Seconde Guerre Mondiale allait rencontrer Whatsit (qui s’avèrera être son… oncle !) ; « Crisis On Earth-C » et « Crisis On Earth-C Minus » dans les numéros 14 et 15 dans lesquelles la petite histoire rencontrait la grande, et allait associer, dans de géniaux épisodes, la création avortée de Roy Thomas et Gerry Conway, The Just’a Lotta Animals, à Captain Carrot et son équipe!!!
Une JLA (pour Just’a Lotta Animals, bien sûr) par ailleurs dessiné par Roger Rabbit alias Captain Carrot, dans le civil !

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Bourré d’action, référentiel mais digeste, efficace, drôle, il va s’en dire qu’il apparaît urgent de vous jeter rapidement sur les aventures du Zoo Crew de Roy Thomas et Scott Shaw. Zoo Crew qui fit par ailleurs une dernière apparition, anecdotique celle-là, en 2007 dans une mini-série de 3 numéros intitulée Captain Carrot And the Final Ark!
Mais au fait, et la concurrence dans tout ça ? Si chez Eclipse Comics on publia le premier numéro de The Destroyer Duck en Mai 1982 (soit quelques mois après celui de Captain Carrot And His Amazing Zoo Crew!) sous la plume conjointe de Steve Gerber et du King (jack KirbyJ, à Marvel, l’on attendit plus d’un an pour diffuser, avec panache, les aventures de Peter Porker, The Spectacular Spider-Ham.
Mais ceci est une autre histoire…

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*Afin d’éviter l’imbroglio juridique avec Disney suite à la sortie de Qui Veut La Peau De Roger Rabbit ? et ainsi éviter la suspension du titre, « Roger Rabbit » fut renommé « Rodney Rabbit » dès le numéro #7.

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Si l’on se souvient principalement de la Cannon au travers de ses producteurs ou du titre de ses films dont les affiches associaient parfois le nom d’une star hors du commun (Charles Bronson, Sylvester Stallone, Chuck Norris…), l’on détache rarement le nom d’un réalisateur comme symbole de la firme, illustrant quelque part cette idée qui vit le jour au début des années 80, et qui remettait justement à l’honneur, le seul cinéma de producteur.
S’il ne fallait donc en citer qu’un, Sam Firstenberg -peut être le plus doué de l’écurie Golan et Globus- figurerait en bonne place pour porter sur ses épaules les 6 lettres d’un studio qui marqua, à sa manière, toute une décennie dans le cinéma d’action.

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Pour Sam Firstenberg, le début du conte de fée débute en 1983, où, en pleine ninja-mania, les cousins Golan et Globus lui confie les clés de la réalisation de Revenge Of The Ninja, deuxième volet de la trilogie du ninja avec Sho Kosugi, initié par Enter The Ninja de Menahem Golan (1981) et conclu par l’excellentissime Ninja III : The Domination, que dirigea… Firstenberg en 1984, conforté dans son fauteuil de réalisateur par les dirigeants de la Cannon, suite au succès public rencontré par ce second épisode.

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Revenge Of The Ninja, débutait donc au Japon par le massacre de la famille de Cho (Sho Kosugi) par un clan ninja ennemi, affronté et vaincu par ce dernier. Avec l’aide d’un ami américain, Braden, Cho raccrochait les crampons et fuyait aux USA avec sa mère et son jeune fils, Kane, seuls rescapés du carnage.
6 ans plus tard, et sous la tutelle de Braden, Cho était propriétaire d’une galerie d’art qui exposait de petites poupées traditionnelles. Mais sans qu’il ne le sache, ces poupées contenait en réalité de la cocaïne, dont Braden et sa complice Kathy, allaient faire le trafic sur le sol californien…

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Fichu comme un porno méritant, Revenge Of The Ninja lâchait toutes les 10 ou 15 minutes une scène d’action, parfois avec ce non-sens qui risquait au spectateur que deux neurones ne se touchent (introduisant l’ellipse des 6 années écoulés aux Etats-Unis, l’affrontement du jeune Kane contre une bande de gamins, par exemple), mais avec cette volonté certaine qu’aucun ne s’ennuie 1H30 durant.
Et pour ça, il fallait forcément que tout le monde prenne part à l’orgie, et quand j’écris « tout le monde » c’était vraiment à tous les protagonistes du film que l’histoire donnait le change pour casser des bras, jusqu’à la grand-mère de Cho s’en allant affronter le méchant avec tout l’arsenal du ninja à sa disposition (technique de camouflage incluse), dans une hallucinante séquence.

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Ce qu’il y’avait juste à regretter, c’était que les combats du film ne soient pas aussi prometteurs que son introduction, à la violence soudaine et à la chorégraphie martiale efficace (malgré les cadrages approximatifs de Firstenberg), quand trop d’autres viraient à la démonstration du festival des arts martiaux de Paris-Bercy, à l’image du combat final opposant Cho et Braden, dans leurs costumes de ninja.
Toujours est-il que la galerie de méchant était parfaite, exubérante à dire vrai, à commencer par Braden, ninja occidental à qui l’on avait enseigné tout les rudiments de l’assassin de l’ombre, balladant sa tenue dans un attaché-case (comme…Tony Stark!) et se changeait dans les WC (!) pour éliminer rivaux et empêcheurs de tourner en rond (presque comme… Clark Kent!).

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Une première pour Sam Firstenberg, bien sympa donc, de la pure série B, bien soutenu en plus par ce petit côté shooté avec deux trois bouts de ficelles en 48H dans les rues de L.A., des seconds rôles au jeu d’acteur défaillant, une blonde au physique de porn-star des années 80 (que même le gamin de Cho, dans le film, et dans la réalité le propre fils de Kosugi, reluquait du haut de son mètre quarante) et… des ninjas.

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Tout le temps, partout.

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En 1977, Robert A. Endelson pour la réalisation et Straw Weisman à l’écriture, collaborèrent à ce que l’on pourrait considérer être comme le croisement entre La Dernière Maison Sur La Gauche et Funny Games, sur lesquels on y aurait ajouté quelques stéréotypes empruntés à la blaxploitation. Fight For Your Life débute ainsi à New-York, où trois détenus s’évadent du fourgon cellulaire les acheminant à la prison d’Etat. Au terme de leur cavale sanglante, les trois hommes trouvent refuge dans une petite ville où ils prennent en otage une famille noire Américaine…

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Avant d’évoquer ce qui intéressera de prime abord les amateurs de cinéma déviant, il fait bon de relever que le film bénéficie sans doute de l’une des histoires les mieux écrites de la blaxploitation (pour peu qu’il faille l’associer au genre), particulièrement perverse dans sa façon d’exprimer le ressenti haineux de l’Amérique de cette fin des 70’s, qui embrasait littéralement l’écran dans une sulfureuse métaphore, lorsque dans l’exiguïté d’une pièce du salon, s’affrontait une nation pluriculturelle sous les traits d’un latino, d’un asiatique, d’un blanc redneck et d’une famille noire.

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Fight For Your Life bravait les gimmicks liés d’habitude au genre (black-superman, dealer, maquereau, pauvre du ghetto, victime de brutalités policières…) pour filmer une famille noire américaine d’origine modeste et sans histoire, à propos de laquelle il fut ajouté un détonnant progressisme (une belle-fille blanche ; le camarade de jeu du cadet de la famille Turner est le rejeton du shérif local…) contribuant à faire du film un véritable « ofni » dans la blaxploitation.

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Mais ce n’est évidemment pas pour ses qualités thématiques que Fight… fut censuré aux Etats-Unis ou même carrément interdit sur le sol britannique lors de sa sortie en salles (et il ne s’agissait pas seulement d’une accroche purement publicitaire), mais bien parce que l’ultra violence autour duquel s’articulait son sujet allait marquer durablement les esprits. Si, par exemple, dans un film comme La Dernière Maison Sur La Gauche avec lequel Fight For Your Life entretient de nombreuses similitudes, l’horreur sautait à la gorge dès sa première demie-heure, le film de Robert A. Endelson, lui, n’allait seulement (d’autres écriront « heureusement ») dérapé véritablement dès l’instant où les 3 malfrats -William Sanderson en tête- allait franchir le seuil de la porte de la famille Turner en basculant par palier dans l’abject.

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Incroyablement raciste et réactionnaire par la voix de William Sanderson (l’écho du futur de l’Amérique Reaganienne?) qui s’adonnait aux pires humiliations (viol y compris) envers les membres de la famille Turner dans un huis clos dérangeant, Fight For Your Life ne limitait sa violence à aucun cadre, et assommait définitivement le spectateur lorsque l’un des criminels massacrait à coups de roche dans le visage le jeune ami du fils Turner, dans une scène figurant sans conteste dans l’un des –si ce n’est le– plus abjecte infanticide filmé au cinéma.

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Virant dans ses quinze dernières minutes au revenge movie pur et dur, Fight For Your Life se taille une place de choix dans la blaxploitation, allant jusqu’à exploser les barrières du genre pour figurer parmi les films plus politiquement incorrect jamais réalisé.

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Produit par la Toei et réalisé en 1966 par Sadao Nakajima, l’histoire de Watari, The Ninja Boy nous transportait quelque part dans un Japon féodal peuplé de ninjas et de créatures magiques, dans lequel Watari, un jeune ninja aux pouvoirs incroyables, luttait aux côtés de son grand-père contre les forces du mal incarnées par les ninjas du clan Iga.

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Si de ce pitch allait se développer une histoire pour le moins exubérante, Watari, The Ninja Boy surmultipliait avec une telle efficacité les évènements,  qu’à une intrigue qui aurait laissé sur le carreau le spectateur, venait systématiquement s’en ajouter une autre s’en allant ainsi balayer les doutes, dans cette incarnation du merveilleux et du divertissement
.

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Bourré de personnages héroïques tous plus fantasques que les autres (le grand-père de Watari, un ninja…unijambiste !) et d’une incroyable galerie de méchants (notamment les 6 ninjas maléfiques, qui gagneraient leur place dans n’importe quelle super-équipe de super-vilains d’un comics!), le film, dans un univers visuel audacieusement délirant, n’oubliait pas pour autant de composer avec le meilleur du ninja eiga.
On retrouvait donc dans Watari… tous les trick inhérents au genre en plus de fortement coller avec un indéfectible sérieux, à toute « l’ancestralité » du code d’honneur du ninja.

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Porté par cet incroyable gamin dans le rôle titre qui préfigurera à coup sûr le Goku version Dragonball de Toriyama, Watari, The Ninja Boy est un véritable rouleau compresseur d’inventivité et d’action, 85 minutes de magie, de mystère, de loyauté, de traîtrise et de rebondissement, qui mettait au tapis  tous les navets contemporains estampillées « film pour enfants ».

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Vous avez perdu votre âme de gosse ? Un coup de Watari, The Ninja Boy, et ça repart!