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Imaginez. Nous somme le 10 juillet 2008 lors du dernier journal télévisé présenté par Patrick Poivre D’Arvor sur TF1.
Alors que dans sa conclusion il remercie chaleureusement les téléspectateurs de leur fidélité, c’est le dérapage. Insultes nourries à l’encontre des dirigeants du groupe, déballage sur les manœuvres et pressions exercées par la chaîne sur certains de ses journalistes et puis, soudain, PPDA s’explose la tronche en direct à l’aide d’un 44 Magnum. Dans ses grandes lignes, le pitch de Network, que réalisa Sidney Lumet en 1977, ne raconte pas autre chose.
La revanche d’un homme sur le système qui usera de l’une de ses armes favorites pour en dénoncer les travers jusque dans la mort : le sensationnalisme.

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Howard Beale (Peter Finch) vit ses dernières heures de présentateur du journal sur UBS. Par la voix de son ami et patron de l’info de la chaîne, Max Schumacher (William Holden), il vient d’apprendre que les actionnaires ont choisit son remplacement en raison de résultat médiocre à l’audimat. Mais la veille de son départ, il annonce en direct qu’il mettra fin à ses jours lors de son prochain et dernier JT. Stupeur dans les couloirs de la rédaction mais plus gros pic d’audience jamais enregistré par la chaîne à cette heure écoute.
Dès lors, pour l’ex-futur journalistes, les cartes sont rebattues. Howard Beale est donc maintenu à l’antenne et, promotion ultime, devient l’animateur de son propre show TV…

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C’est peut être une habitude, mais pour qui ne serait pas au fait du meilleur du cinéma de Sidney Lumet, il convient de rappeler que ce qui a rendu magistral par le passé certains de ses films, tenait en des récits tirés d’un fait de société réel (le vrai hold-up manqué de Brooklyn en 1972 qui sera le point de départ du scénario de Frank Pierson pour Un Après-Midi De Chien) sur lequel s’élargissait la perspective d’illustrer un versant d’une Amérique larvée (exclusion, corruption), dans un propos social réaliste.
Sur la base du postulat de départ cité plus haut qui allait servir de socle au sujet de Network, Lumet allait donc encore marquer son habileté à mettre en scène un récit qui allait écraser la fiction avec ce sens du tragi-comique auquel il était difficile de résister. On rira donc beaucoup de la grossière caricature des protagonistes du film couchés sur le papier par le scénariste Paddy Chayefsky, en même temps que, sous la direction de Sidney Lumet, jamais personnages complotant dans les coulisses de la télévision n’auront paru si crédible à l’écran.
Lumet qui ne se contentait d’ailleurs pas de mettre en images de manière mécanique le récit, mais qui fondait son film sur ce principe d’imprévisibilité qui trouvait toute sa substantifique définition en les traits du personnage de Peter Finch.

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En considérant Network autrement que sous l’angle satirique, l’élément fantastique du film, introduit par une histoire de possession dans une séquence rappelant au bon souvenir du spectateur un plan d’une certaine réalisation de William Friedkin, absorbait les excès de représentation faite des coulisses de la télévision pour, à partir de ce décalage insolite, élargir la perspective du film dans un réalisme anticipatif.
Ce n’était d’ailleurs pas seulement l’éclairage fait des dérives de la télévision annonçant les reality-show qui donnait tout son sel et sens prophétique au film de Sidney Lumet, mais l’incroyable confrontation opposant Peter Finch à l’actionnaire principal (Ned Beatty, prodigieusement magnétique à ce moment du film) d’un conglomérat propriétaire de UBS qui, à grand renforts de références religieuses, apologie de la technologie et décryptage du système économique, radioscopait avec une effrayante précision le futur du monde du XXIè siècle. On pourrait également allégoriser sur ce discours qui analyserait avec cynisme l’état des studios Hollywoodiens trustés 10 ans plus tôt par des grands groupes financiers, la « déromantisation » du cinéma et le mercantilisme des blockbusters qui, dans ces exemples, trouveraient notamment leur personnification en Faye Dunaway ou Robert Duvall, pour qui tout n’est qu’affaire de pouvoir, surenchère amorale et audimat.

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L’ironie (ou le génie), dans un film qui vampirisait le spectateur à la force de sa démesure, était que lorsque Sidney Lumet s’attardait à une introspection sans fards des sentiments de ses personnages, l’intérêt de Network décroissait soudainement et exposait ses scènes dans le genre d’un pseudo-drame documentaire romancé.
N’est-ce pas dans l’indifférence la plus totale de la régie du 20 heures que Peter Finch évoquait sa vie privée et son suicide, illustrant parfaitement que la réussite du film, la mise en abyme, ne tenait qu’à son théâtre de marionnettes et à la froideur d’un système ?
Là où dans l’une de ses précédentes et premières réalisations, Le Prêteur Sur Gages, Lumet faisait preuve d’une humanité exemplaire à l’égard de ses personnages (en particulier dans l’état de repentance de celui de Rod Steiger), il analysait, crescendo, avec Network les comportements les plus sombres de l’être humain jusque dans ses manifestations les plus cyniques et abjectes en fin de pellicule (un tour de table entre responsable des programmes et actionnaires pour décider la mise à mort du journaliste Howard Beale).

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Aux multiples écrans de TV introduisant le film dont Peter Finch était l’une des anecdotiques figures, répondait donc l’image de la mort en direct de ce dernier qui allait finir progressivement noyé sous celles d’autres programmes imperturbables au tragique, et à Sidney Lumet de filmer avec Un Homme Dans La Foule de Kazan et Le Prix Du Danger d’Yves Boisset, l’un des plus puissant métrages sur les arcanes de la télévision et son pouvoir.

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