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Un seul film. Il aura fallu une seule et unique réalisation à James William Guercio pour marquer de son empreinte le cinéma de contre-culture dont Easy Rider, 3 ans auparavant, se sera constitué l’emblème pour toute une génération marquée par les événements du Viêt-Nam.
Réalisé au crépuscule du conflit en 1973 et emboîtant le pas au genre initié par le film de Dennis Hopper, l’histoire d’Electra Glide In Blue se déroulait en Arizona et racontait comment le meurtre d’un marginal allait embarquer John Wintergreen, un motard de la police, au côté du shérif local afin d’enquêter sur le crime…

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Là où, dans ses grandes lignes, le road-movie cristallisait ce rejet des autorités et cette obsession d’un retour vers les grands espaces qui envahissait l’esprit de la plupart des Américains à cette période, James William Guercio prenait à revers le genre en filmant un motard de la police aspirant à intégrer la brigade criminelle et de surcroît, à ne pas célébrer ce retour à la primitivité sur la civilisation si communément incarné dans ce cinéma.
De la même manière que pour le personnage interprété par Robert Blake (John Wintergreen), le mythe de la frontière ne revêtait en rien l’apparence de cet espace vierge parcouru par l’homme mais constituait en vérité un frein a son idéal de liberté, accentuant un peu plus la subtilité manifeste de Guercio à prendre le contre-pied total des codes établis par le genre (et rien ne sera plus explicite que cette scène où Robert Blake s’entraîne au tir sur un poster… d’Easy Rider!).
Plus astucieux donc, l’essentiel pour le réalisateur était de réaffirmer des valeurs qui y étaient généralement affranchies (la loi et l’ordre), avec le risque évident de voir son film d’être taxé de fasciste alors qu’il se constituait essentiellement comme témoin de son temps.

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Même le wilderness, cette entreprise de relecture du mythe de l’Ouest américain si cher au road-movie, était égratigné dans le film, à la manière des dernières œuvres de John Ford dont Guercio révèle l’influence de ce dernier sur Electra Glide In Blue.
« Il y’a beaucoup de gens qui sont supposés avoir été des héros, alors que nous savons bien qu’ils n’en ont pas été. Mais il est bon pour le pays d’avoir des héros à admirer » déclara d’ailleurs, un jour, John Ford et il y’avait en effet quelque chose à la fois pathétique -à voir déambuler l’acteur Mitch Ryan (le shérif Harve Poole, dans le film) accoutré comme un cow-boy puant d’arrogance et de suffisance- puis de touchant dans cette façon qu’avait Robert Blake de se montrer admiratif, malgré le peu d’égard qui lui était attribué.
Pour en finir dans cette entreprise de destruction du mythe de l’Ouest, il reviendra au seul rôle féminin du film de se voir confier une importance capitale dans sa narration (comme dans un film de… John Ford!), en endossant le rôle du bourreau dans une mémorable séquence.

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Reflet du désarroi des consciences américaines, Electra Glide In Blue et son réalisateur dressait un portrait sans concession de l’Amérique policière et marginale dont les méthodes respectives n’avaient de toute évidence rien à s’envier (l’usage de la force et les arrestations abusives pour l’un ; des messages nauséabonds – « L’Amérique, aimez-là ou quittez-la »– et… le recours à la violence, pour l’autre).
Voyage vers la désillusion et autopsie d’une nation secouée de tous les maux, James William Guercio ne se privait en plus pas, après avoir ébranlé le spectateur durant près d’1H50, de définitivement scotcher notre rétine avec l’un des plus beau plan final du cinéma.
Demandez à vos proches qui l’auraient vu, ils en ont encore les larmes aux yeux.

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