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Après Smokin Aces et aujourd’hui The A-Team, il se dégage comme la réflexion que Narc n’était peut être finalement qu’un prétentieux galop d’essai pour Joe Carnahan. Si, comparativement à d’autres polars sortis à la même période, Narc supporte encore la vision, l’ambition de revenir au meilleur du film policier crépusculaire et métaphorique de l’Amérique, était transformé ici en un polar de psychodrame, maniéré et mou.
Peut être conscient que ses arguments étaient trop peu solides pour continuer à explorer le genre dans un revival des 70’s, Carnahan effectuait le grand écart, 4 années plus tard, pour filmer avec Smokin Aces un film d’action dans lequel cohabitait l’esprit insufflé des films de complot post-Kennedy et des éclairs d’hystérie, si significatifs de ces années 2000. Bien que plus fin, dans sa réflexion, que ne laissait supposer un filmage aux confins des univers de Tony Scott et Guy Ritchie (le premier allait d’ailleurs produire The A-Team), Smokin Aces laissait en tout cas le sentiment certain que Joe Carnahan n’avait visiblement pas terminé sa mue. Pas évident donc d’imaginer, à l’annonce de la mise en chantier de The A-Team par le réalisateur, autre chose qu’une énième adaptation de séries TV inoffensive et inepte (exception faite de la vision atypique du Mission : Impossible de Brian De Palma ou de l’exercice sensoriel de Michael Mann sur Miami Vice).
Et pourtant, comme en 2009 où Sommers imposait avec GI Joe la quintessence de l’adaptation d’une ligne de jouet, 2010 aura livré, en plus d’une fidélité à son matériau d’origine, un film d’action inespéré et fracassant.

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Que Joe Carnahan concrétise un rêve de gosse (le facteur promotionnel) ou n’éprouve qu’un relatif intérêt à la transposition d’une série sur grand écran (le dieu dollar) est une interrogation qui fait long feu au vu des 20 premières minutes (dilué dans le générique!), qui marie logique du blockbuster et respect de la caractérisation des personnages du show TV.
De ce générique en forme de prologue ressortait que l’objectif non-atteint, ces dernières années, de l’explosion des frontières entre les deux médias, était ici parfaitement compris par Joe Carnahan. Bien calé dans le contexte de notre époque (l’intrigue prend son essor en Irak, lors du départ des troupes américaines), l’on avait donc droit à toute la décontraction de l’œuvre créée par Frank Lupo et Stephen J.Cannell, et l’énergie burlesque entrevue dans Smokin Aces, débarrassé de toute sa saturation mais toujours sujet à cette accélération si galvanisante. Symbole du dépassement des limites de l’actioner contemporain, la séquence du tank affrontant dans les airs des drones de l’armée US s’imposait comme la plus inédite démonstration de folie vu au cinéma ces dernières années.

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Au sein d’un film animé par le souci d’en imposer par la vitesse (on constatera que dans un souci de cohérence avec cette idée prédominante, Joe Carnahan ne filmera aucune scène d’action sous l’angle d’un ralenti), il était souvent question d’une mécanique de plan (élaboration/exécution) agencé comme une gigantesque construction de LEGO (à ce propos, la scène finale avec ses containers de couleurs bleus, rouges ou jaunes qui dégringolent de partout, est surement la plus belle allégorie sur l’état régressif que peut provoquer les 120 minutes de film) où s’emboitent à chaque fois des éléments phares de la série (la référence à la non-violence de ses épisodes, par exemple).

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Comme dans Smokin Aces et Narc, la permanence des thématiques (manipulation/trahison) et des personnages (idéaliste/corrompu) occupe une place de choix dans The A-Team. Si dans ce dernier, Carnahan n’œuvre plus (et heureusement) pour ne citer que le cinéma de l’autre, les amoureux de la fiction du complot apprécieront qu’il ait conservé la main sur le sujet, et qu’après avoir stigmatisé les agissement occultes de la police et du FBI dans ces deux précédents films, la CIA et l’armée étaient les deux nouveaux corps institutionnels d’où émanait le parfum de la corruption.
Alors que dans Narc et Smokin Aces il était attribué, respectivement, à Jason Patric et Ryan Reynolds les rôles d’hommes de conviction et de droiture, c’était désormais à Llam Neeson et donc Hannibal Smith, de supporter, dans The A-Team, le poids des responsabilités morales.

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Ces croyances, sur lesquelles s’appuient le personnage d’Hannibal Smith et par extension les autres membres de l’équipe (voir l’excellente séquence de la cour mariale), font d’ailleurs de The A-Team un drôle d’objet filmique non identifié dans le paysage actuel du cinéma d’action US, dont la carcasse n’aura jamais trainé autant de cynisme ou de vulgarité crasse à l’écran.
Et s’il lui reste encore du chemin pour totalement maitriser les enjeux du film de manipulation, qui aurait cru que cette déréliction par rapport au genre d’action viendrait un jour du réalisateur de Narc?
Alors pour une fois, il n’est sans doute pas gratuit d’user de la formule consacre de « cinéaste arrivé à maturité™ », pour Joe Carnahan.

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