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Lorsqu’en février 1979 Ross Andru revient dans les locaux de DC COMICS s’installer au poste de rédacteur en chef de la série The Flash, Cary Bates, alors indéfectible soldat de Julius Schwartz et pensionnaire des aventures du Scarlet Speedster depuis le début des années 70, n’imagine pas encore qu’il va, sous l’impulsion et la direction de l’ancien dessinateur de Spider-Man (ce dernier, très certainement sous influence de son run fracassant avec Gerry Conway sur The Amazing Spider-Man), propulser Flash et son alter-ego vers des cimes qu’aucun chez DC n’avait, ni soupçonné, ni jamais suggéré jusque ici. C’est ainsi qu’en juin de cette même année qui intronisait Ross Andru à la tête du titre, Cary Bates, dans une histoire intitulée « The Last Dance » (The Flash #275) ressortait de sa boite un des vilains les plus pernicieux de la série, le Reverse-Flash, héritage de John Broome qu’aura creusé la plume de Bates depuis les débuts de son run jusqu’à cet incroyable numéro donc, qui poussera les agissements psychopathes de ce vilain au meurtre de l’épouse de Flash, Iris Allen.

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L’événement, de taille d ans l’univers des personnages de DC COMICS, allait faire entrer la série The Flash dans une dimension toute particulière, celle de ces héros déboussolés de l’intérieur, vulnérables, en proie à une violence dont le lecteur n’aurait jamais imaginé, jadis, voir l’insouciance des histoires altérées et dont le principal instigateur aura évidemment été Dennis O’Neil, au début des 70’s avec la série Green Lantern / Green Arrow. Dans les numéros suivants le meurtre d’Iris Allen par le doppelgänger de Flash, Cary Bates aura recours au schéma usité au cinéma du rise & fall et de sa mutation moderne conclu par un happy-end coïncidant avec le départ de… Ross Andru pour Len Wein (The Flash #284 et son génial titre « Run Flash… Run For Your Life ! »). Mais marqué par la « méthode » Andru, Cary Bates n’avait pas dit son dernier mot quant à la torture psychologique d’un personnage avec lequel il entretenait une relation d’une longévité pour le moins fantastique. Et c’est avec l’arrivée d’un certain Ernie Colón en remplacement de Len Wein à la tête de la série (The Flash #315), que Bates allait gravir la marche définitive de ces scénaristes capable d’abattre les cartes d’une fin de run comme d’un seul mouvement lyrique, déployant en 24 derniers numéros presque 30 ans d’Histoire de l’homme le plus rapide du monde. Et à la destinée inéluctable liant Cary Bates à Flash, il ne pouvait y’avoir qu’un seul homme pour mettre en images le final de la série : Monsieur Carmine Infantino.

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Profitant de la relative inexpérience des mœurs du monde des super-héros d’Ernie Colón, Cary Bates soumettait à ce dernier l’improbable copie d’un personnage de papier (et ici, quel personnage !) dévoyant l’un des fondamentaux –si ce n’est le fondamental- de l’industrie d’alors : l’homicide par un héros costumé de la justice.
Et l’histoire débute au numéro 323 (« Run Flash… Run For Your Wife ! », malicieuse référence au titre du #284), dans laquelle Barry Allen/Flash, ayant depuis les événements passés refait sa vie, s’affaire au mariage qui le prépare avec sa fiancée, Fiona Webb. Mais, tandis qu’il se trouve chez ses parents pour un départ vers l’église, la liesse est interrompue par un Gardien de l’Univers venu l’avertir d’une terrible menace et événement : suite à un orage cosmique ayant bouleversé les limbes du temps dans lesquelles il était retenu prisonnier (The Flash #283), le Reverse-Flash est de retour à Central-City ! Déterminé à ne pas le laisser une seconde fois créer le trouble dans sa vie, Flash se lançait à la poursuite de son dangereux adversaire qui, au terme d’un combat fou de super-vitesse au large de Miami Beach, prenait le meilleur sur le Scarlet Speedster qui découvrait cette terrible inscription laissée par un sillon de super-vitesse: « Guess who’s…going to kill… your wife again ? ».
A Central City, le Reverse-Flash donnait donc rendez-vous avec la mort à Fiona Webb avec la même méthode avec laquelle il assassina Iris Allen, quatre ans plus tôt. Mais rien ni personne ne pouvait plus arrêter Flash dans le sauvetage de sa bien-aimée, et pour stopper l’irréversible geste de son ennemi, le retenait à la dernière seconde lui brisant net la nuque. Le Reverse-Flash rendait son dernier souffle.

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Au-delà d’un fait à propos duquel Cary Bates franchissait la limite sans que personne à DC COMICS, et surtout pas Ernie Colón, n’en court-circuite la démarche, il y’avait les planches de Carmine Infantino pour rappeler qu’à l’éloge des pouvoirs de vitesse du personnage, aucun autre dessinateur ne pouvait tirer de plus impressionnantes illustrations que cette course contre la mort (ou plutôt… pour la vie !) exhibée dans les numéros 323 et 324. Leitmotiv qui parcourra d’ailleurs le run de Bates et Infantino dans de nombreux numéros, le degré d’urgence de certaines situations requérant la super-vitesse de Flash, trouvant écho dans la virtuosité du dessinateur historique de la série. Avec très certainement en point d’orgue ces exceptionnelles quatre premières planches de « Defend The Flash… and die? » (The Flash #332), dans lequel Flash repoussait les limites -sans doute jamais encore atteintes- de ses pouvoirs pour sauver d’une mort certaine son avocat, victime d’un attentat à la bombe.
Depuis l’homicide du Reverse-Flash à l’ouverture du procès du Scarlet Speedster (#341, « Trial & Tribulation »), le travail à l’écriture de Cary Bates devenait la propre manifestation du personnage : rapide, explosif, foudroyant ; Bates engageant tous les moyens pour libérer les contraintes qu’un tel événement sur un tel super-héros pourraient produire. Mieux, il en faisait le moteur du rythme, élaborait un trauma autour de Fiona Webb désormais placé dans un établissement psychiatrique ; faisait disparaître Barry Allen pour lequel les autorités lançaient un avis de recherche ; mêlait l’équipe des Rogues, Gorilla Grodd et d’autres méchants au récit, et multipliait les rebondissements ou les contre-pieds, comme lorsque promis à une exclusion de la JLA à la suite de son accusation pour meurtre, Flash ne devait son maintien dans le groupe qu’au dernier vote de… Superman, symbole du comic-book par excellence, qui bousculait toutes les conventions vertueuses en adoubant son rapide partenaire écarlate (#329, « What is the Sinister Secret of… Simian & Son »). A l’objectif de transgresser l’univers moral des comics, de faire voler en éclat les barrières les plus insensées et plus que jamais au contrôle de sa propre histoire (depuis le numéro 327, « Burnout », il occupe la place laissée vacante par Ernie Colón!), Carry Bates transformait même le physique de son personnage dans deux numéros (#341 & 342), faisant que Barry Allen ne serait plus jamais celui que les lecteurs et son historique éditeur, avait connu.

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Mais le public, justement, ne répond pas présent. Outre le fait qu’il ne semble pas pardonner à Cary Bates d’avoir fait de Flash un assassin (quand bien même serait-ce d’un super-vilain !), il trouve les numéros liés au procès trop longs, aux enjeux trop étirés, reprochant jusqu’à la série de ne pas délivrer assez… d’action (!).
Cary Bates reste sourd, demeure dans sa bulle, les ventes baissent et dans les coulisses du dernier étage de DC COMICS, l’on commence à prendre les choses très au sérieux…

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Lorsque parait en kiosques, en janvier 1985, The Flash #344 (« Betrayal ») à l’histoire articulée autour du témoignage à la barre de Kid Flash contre… Flash (et sa future symbolique coïncidence), DC COMICS publie conjointement sur le territoire américain sa nouvelle série Crisis On Infinite Earths, monument en devenir de l’histoire de son éditeur et du comic-book tout court, signé par Marv Wolfman et George Pérez. A l’objectif de repenser tout l’univers DC en éliminant le concept des terres multiples, il fallait également sacrifier quelques personnages. Len Wein (impliqué dans les dessous de Crisis…) et Marv Wolfman dressèrent donc une short-list de héros destinés a passé trépas dans laquelle figurait, outre Supergirl, Flash, victime en quelque sorte de son… insuccès présent. L’idée fut apportée sur un plateau à Dick Giordano, alors directeur de la publication chez DC, et Jennete Kahn, sa puissante Présidente, qui validèrent la disparition du Scarlet Speedster sous les dépits de l’illustre Julius Schwartz et bien évidemment de Cary Bates, également mis à l’écart du futur nouveau Superman pour… John Byrne.
Cruelle ironie qui voyait en même temps que le procès d’un personnage de fiction se poursuivre dans les pages de sa série, se dresser l’éviction, bien réelle celle-là, de son auteur.

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Pour autant, Cary Bates intensifiait la trame de son histoire et émettait d’inattendues passerelles entre la fin de son run et d’autres épisodes historiques de la série, baroud d’honneur impressionnant de professionnalisme et d’union sacrée avec le personnage de Flash, tandis que Carmine Infantino semblait boucler la boucle à rebours dans un dernier épisode (The Flash #350, « Flash Flees ») dans lequel apparaissait une ultime fois l’équipe des Rogues renvoyant à son officielle première apparition, dans « The Gautlet Of Super-Villains » (#155). Suspendu au suspense du vrai-faux retour du Reverse-Flash, de l’énigme des paradoxes temporels et de l’identité d’un mystérieux membre du jury complice de l’évasion de Flash (#349), l’exigence du contenu du dernier numéro de The Flash assemblait tous les éléments de la continuité d’un titre comme jamais, peut être, aucune autre série ne l’aura fait jusqu’ici. Au terme d’une dernière péripétie qui voyait l’acquittement de Flash sur fond de vigilantisme (« Welcome to vigilante, 80’s so don’t you ask me (…) » écrivait le rappeur Kendrick Lamar dans son morceau Ronald Reagan Era) dans un procès qui aura duré en temps réel 2 ans (dont Bates porte la référence au détour d’un dialogue), Central City ne découvrirait plus jamais le passage écarlate de son super-héros dans ses rues. Echappé dans le futur, Flash retrouvait les parents d’Iris Allen et reconstruisait son bonheur aux côtés de son… ex-défunte épouse, Cary Bates réintroduisant ainsi l’idée de John Broome qui tenait sur cette notion d’une Iris Allen, en réalité née au XXXè siècle. A une magique dernière planche de Carmine Infantino chargée d’émotions, Cary Bates écrivait ces dialogues prononcés par les parents d’Iris :

– Oh Eric. If only they knew… He knew… What was coming. It’s not fair that their happiness should be so fleeting…
– Quiet, woman. It is the will of fate… And beyond our control.

Un mois après la parution du dernier épisode de The Flash, le numéro 8 de Crisis On Infinite Earths envoyait au cimetière des super-héros l’homme le plus rapide du monde.

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