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Lorsqu’en février 1979 Ross Andru revient dans les locaux de DC COMICS s’installer au poste de rédacteur en chef de la série The Flash, Cary Bates, alors indéfectible soldat de Julius Schwartz et pensionnaire des aventures du Scarlet Speedster depuis le début des années 70, n’imagine pas encore qu’il va, sous l’impulsion et la direction de l’ancien dessinateur de Spider-Man (ce dernier, très certainement sous influence de son run fracassant avec Gerry Conway sur The Amazing Spider-Man), propulser Flash et son alter-ego vers des cimes qu’aucun chez DC n’avait, ni soupçonné, ni jamais suggéré jusque ici. C’est ainsi qu’en juin de cette même année qui intronisait Ross Andru à la tête du titre, Cary Bates, dans une histoire intitulée « The Last Dance » (The Flash #275) ressortait de sa boite un des vilains les plus pernicieux de la série, le Reverse-Flash, héritage de John Broome qu’aura creusé la plume de Bates depuis les débuts de son run jusqu’à cet incroyable numéro donc, qui poussera les agissements psychopathes de ce vilain au meurtre de l’épouse de Flash, Iris Allen.

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L’événement, de taille d ans l’univers des personnages de DC COMICS, allait faire entrer la série The Flash dans une dimension toute particulière, celle de ces héros déboussolés de l’intérieur, vulnérables, en proie à une violence dont le lecteur n’aurait jamais imaginé, jadis, voir l’insouciance des histoires altérées et dont le principal instigateur aura évidemment été Dennis O’Neil, au début des 70’s avec la série Green Lantern / Green Arrow. Dans les numéros suivants le meurtre d’Iris Allen par le doppelgänger de Flash, Cary Bates aura recours au schéma usité au cinéma du rise & fall et de sa mutation moderne conclu par un happy-end coïncidant avec le départ de… Ross Andru pour Len Wein (The Flash #284 et son génial titre « Run Flash… Run For Your Life ! »). Mais marqué par la « méthode » Andru, Cary Bates n’avait pas dit son dernier mot quant à la torture psychologique d’un personnage avec lequel il entretenait une relation d’une longévité pour le moins fantastique. Et c’est avec l’arrivée d’un certain Ernie Colón en remplacement de Len Wein à la tête de la série (The Flash #315), que Bates allait gravir la marche définitive de ces scénaristes capable d’abattre les cartes d’une fin de run comme d’un seul mouvement lyrique, déployant en 24 derniers numéros presque 30 ans d’Histoire de l’homme le plus rapide du monde. Et à la destinée inéluctable liant Cary Bates à Flash, il ne pouvait y’avoir qu’un seul homme pour mettre en images le final de la série : Monsieur Carmine Infantino.

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Profitant de la relative inexpérience des mœurs du monde des super-héros d’Ernie Colón, Cary Bates soumettait à ce dernier l’improbable copie d’un personnage de papier (et ici, quel personnage !) dévoyant l’un des fondamentaux –si ce n’est le fondamental- de l’industrie d’alors : l’homicide par un héros costumé de la justice.
Et l’histoire débute au numéro 323 (« Run Flash… Run For Your Wife ! », malicieuse référence au titre du #284), dans laquelle Barry Allen/Flash, ayant depuis les événements passés refait sa vie, s’affaire au mariage qui le prépare avec sa fiancée, Fiona Webb. Mais, tandis qu’il se trouve chez ses parents pour un départ vers l’église, la liesse est interrompue par un Gardien de l’Univers venu l’avertir d’une terrible menace et événement : suite à un orage cosmique ayant bouleversé les limbes du temps dans lesquelles il était retenu prisonnier (The Flash #283), le Reverse-Flash est de retour à Central-City ! Déterminé à ne pas le laisser une seconde fois créer le trouble dans sa vie, Flash se lançait à la poursuite de son dangereux adversaire qui, au terme d’un combat fou de super-vitesse au large de Miami Beach, prenait le meilleur sur le Scarlet Speedster qui découvrait cette terrible inscription laissée par un sillon de super-vitesse: « Guess who’s…going to kill… your wife again ? ».
A Central City, le Reverse-Flash donnait donc rendez-vous avec la mort à Fiona Webb avec la même méthode avec laquelle il assassina Iris Allen, quatre ans plus tôt. Mais rien ni personne ne pouvait plus arrêter Flash dans le sauvetage de sa bien-aimée, et pour stopper l’irréversible geste de son ennemi, le retenait à la dernière seconde lui brisant net la nuque. Le Reverse-Flash rendait son dernier souffle.

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Au-delà d’un fait à propos duquel Cary Bates franchissait la limite sans que personne à DC COMICS, et surtout pas Ernie Colón, n’en court-circuite la démarche, il y’avait les planches de Carmine Infantino pour rappeler qu’à l’éloge des pouvoirs de vitesse du personnage, aucun autre dessinateur ne pouvait tirer de plus impressionnantes illustrations que cette course contre la mort (ou plutôt… pour la vie !) exhibée dans les numéros 323 et 324. Leitmotiv qui parcourra d’ailleurs le run de Bates et Infantino dans de nombreux numéros, le degré d’urgence de certaines situations requérant la super-vitesse de Flash, trouvant écho dans la virtuosité du dessinateur historique de la série. Avec très certainement en point d’orgue ces exceptionnelles quatre premières planches de « Defend The Flash… and die? » (The Flash #332), dans lequel Flash repoussait les limites -sans doute jamais encore atteintes- de ses pouvoirs pour sauver d’une mort certaine son avocat, victime d’un attentat à la bombe.
Depuis l’homicide du Reverse-Flash à l’ouverture du procès du Scarlet Speedster (#341, « Trial & Tribulation »), le travail à l’écriture de Cary Bates devenait la propre manifestation du personnage : rapide, explosif, foudroyant ; Bates engageant tous les moyens pour libérer les contraintes qu’un tel événement sur un tel super-héros pourraient produire. Mieux, il en faisait le moteur du rythme, élaborait un trauma autour de Fiona Webb désormais placé dans un établissement psychiatrique ; faisait disparaître Barry Allen pour lequel les autorités lançaient un avis de recherche ; mêlait l’équipe des Rogues, Gorilla Grodd et d’autres méchants au récit, et multipliait les rebondissements ou les contre-pieds, comme lorsque promis à une exclusion de la JLA à la suite de son accusation pour meurtre, Flash ne devait son maintien dans le groupe qu’au dernier vote de… Superman, symbole du comic-book par excellence, qui bousculait toutes les conventions vertueuses en adoubant son rapide partenaire écarlate (#329, « What is the Sinister Secret of… Simian & Son »). A l’objectif de transgresser l’univers moral des comics, de faire voler en éclat les barrières les plus insensées et plus que jamais au contrôle de sa propre histoire (depuis le numéro 327, « Burnout », il occupe la place laissée vacante par Ernie Colón!), Carry Bates transformait même le physique de son personnage dans deux numéros (#341 & 342), faisant que Barry Allen ne serait plus jamais celui que les lecteurs et son historique éditeur, avait connu.

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Mais le public, justement, ne répond pas présent. Outre le fait qu’il ne semble pas pardonner à Cary Bates d’avoir fait de Flash un assassin (quand bien même serait-ce d’un super-vilain !), il trouve les numéros liés au procès trop longs, aux enjeux trop étirés, reprochant jusqu’à la série de ne pas délivrer assez… d’action (!).
Cary Bates reste sourd, demeure dans sa bulle, les ventes baissent et dans les coulisses du dernier étage de DC COMICS, l’on commence à prendre les choses très au sérieux…

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Lorsque parait en kiosques, en janvier 1985, The Flash #344 (« Betrayal ») à l’histoire articulée autour du témoignage à la barre de Kid Flash contre… Flash (et sa future symbolique coïncidence), DC COMICS publie conjointement sur le territoire américain sa nouvelle série Crisis On Infinite Earths, monument en devenir de l’histoire de son éditeur et du comic-book tout court, signé par Marv Wolfman et George Pérez. A l’objectif de repenser tout l’univers DC en éliminant le concept des terres multiples, il fallait également sacrifier quelques personnages. Len Wein (impliqué dans les dessous de Crisis…) et Marv Wolfman dressèrent donc une short-list de héros destinés a passé trépas dans laquelle figurait, outre Supergirl, Flash, victime en quelque sorte de son… insuccès présent. L’idée fut apportée sur un plateau à Dick Giordano, alors directeur de la publication chez DC, et Jennete Kahn, sa puissante Présidente, qui validèrent la disparition du Scarlet Speedster sous les dépits de l’illustre Julius Schwartz et bien évidemment de Cary Bates, également mis à l’écart du futur nouveau Superman pour… John Byrne.
Cruelle ironie qui voyait en même temps que le procès d’un personnage de fiction se poursuivre dans les pages de sa série, se dresser l’éviction, bien réelle celle-là, de son auteur.

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Pour autant, Cary Bates intensifiait la trame de son histoire et émettait d’inattendues passerelles entre la fin de son run et d’autres épisodes historiques de la série, baroud d’honneur impressionnant de professionnalisme et d’union sacrée avec le personnage de Flash, tandis que Carmine Infantino semblait boucler la boucle à rebours dans un dernier épisode (The Flash #350, « Flash Flees ») dans lequel apparaissait une ultime fois l’équipe des Rogues renvoyant à son officielle première apparition, dans « The Gautlet Of Super-Villains » (#155). Suspendu au suspense du vrai-faux retour du Reverse-Flash, de l’énigme des paradoxes temporels et de l’identité d’un mystérieux membre du jury complice de l’évasion de Flash (#349), l’exigence du contenu du dernier numéro de The Flash assemblait tous les éléments de la continuité d’un titre comme jamais, peut être, aucune autre série ne l’aura fait jusqu’ici. Au terme d’une dernière péripétie qui voyait l’acquittement de Flash sur fond de vigilantisme (« Welcome to vigilante, 80’s so don’t you ask me (…) » écrivait le rappeur Kendrick Lamar dans son morceau Ronald Reagan Era) dans un procès qui aura duré en temps réel 2 ans (dont Bates porte la référence au détour d’un dialogue), Central City ne découvrirait plus jamais le passage écarlate de son super-héros dans ses rues. Echappé dans le futur, Flash retrouvait les parents d’Iris Allen et reconstruisait son bonheur aux côtés de son… ex-défunte épouse, Cary Bates réintroduisant ainsi l’idée de John Broome qui tenait sur cette notion d’une Iris Allen, en réalité née au XXXè siècle. A une magique dernière planche de Carmine Infantino chargée d’émotions, Cary Bates écrivait ces dialogues prononcés par les parents d’Iris :

– Oh Eric. If only they knew… He knew… What was coming. It’s not fair that their happiness should be so fleeting…
– Quiet, woman. It is the will of fate… And beyond our control.

Un mois après la parution du dernier épisode de The Flash, le numéro 8 de Crisis On Infinite Earths envoyait au cimetière des super-héros l’homme le plus rapide du monde.

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Je vous vois venir. Même dans les comics, les clichés ont décidément la dent dure, alors parce qu’il serait dommage de snober des personnages qui sous leur aspect « cartoonesque » développait des histoires aussi solides que les super-héros dont ils étaient la déclinaison animalière, retour sur une création née de l’imagination de Roy Thomas et dessinée par Scott Shaw dans les années 80 : Captain Carrot And His Amazing Zoo Crew!
Cette série, dont les personnages apparurent pour la première fois dans un épisode pilote publié dans The New Teen Titans#16 avant de bénéficier quelques mois plus tard de son propre mensuel, allait ainsi perpétuer une certaine tradition des éditeurs de comics pour les personnages de cartoon mangés à la sauce des super-héros, apparue dès les années 40 avec Mighty Mouse.

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Cette petite souris surpuissante affublé des mêmes couleurs que son modèle Kryptonien (avant de virer à la tunique jaune et rouge), s’installa dans les foyers Américains par l’intermédiaire d’un dessin animé (qui fut d’ailleurs diffusé chez nous vers la fin des 70’s) avant de finir dans les pages d’une série régulière éditée par Timely Comics. Profitant de l’engouement du public pour les petites bestioles à costume, d’autres éditeurs emboîtèrent rapidement le pas à Timely Comics, comme Fawcett Comics qui livra, avec Hoppy The Marvel Bunny, un décalque léporidé de Shazam, ou encore Archie Comics qui offrit à ses lecteurs Super Duck, un canard au coup de crayon quasi-identique au Donald Duck de chez Disney, et qui devait ses super-pouvoirs à l’absorption de vitamines.
De son côté, DC Comics attendit l’été 44 pour publier dans Funny Stuff les aventures de The Terrific Whatsit, une tortue dotée de super-vitesse au look du Flash de la JSA et dessiné par Martin Naydel, qui officiait également à la même époque sur deux titres de… Flash!
Deux ans plus tard, cette accointance avec le monde des super-héros de cartoon et celui des surhommes de chez DC, allait prendre un virage insoupçonné et anticipatif sur le DCverse et ses mondes alternatifs…

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En août 1946, un épisode de la JSA paru dans All Star Comics#30 allait opposer ses membres à Brain Wave, un super vilain capable de distordre la réalité et de provoquer des illusions.
Dans cet épisode, Flash, dont l’intermède était dessiné par Martin Naydel himself, allait se retrouver propulser dans un monde peuplé d’animaux de cartoon, similaire à celui crayonné dans Funny Stuff par son auteur, précédent en quelque sorte d’une quarantaine d’années Terre-C et le premier épisode de Captain Carrot And His Amazing Zoo Crew! introduisant Superman. Fortement inspiré par cette histoire et très imprégné par l’humour de chez MAD, Roy Thomas allait, dès lors, définir les contours de Captain Carrot au tout des début des 80’s.
Alors qu’il travaillait à l’écriture du numéro 34 de DC Comics Presents qui vit la réapparition de Hoppy The Marvel Bunny, Thomas associé à Gerry Conway, planchèrent sur l’idée d’une version animalière de la JLA qu’ils appelèrent Super Squirrel And The Just’ a Lotta Animal.

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Si pour d’obscurs raisons le projet fit long feu (on a parlé d’un problème de droits lié aux personnages originaux de la JLA, notamment pour Superman et Batman), le pitch, lui, fit son chemin dans les couloirs de la direction de DC pour que Jenette Kahn, l’éditrice d’alors, propose aux deux hommes de conserver le concept en évitant toutefois d’y reproduire les héros de la JLA. Regonflés à bloc, Roy Thomas et Gerry Conway travaillèrent sur une nouvelle mouture de leurs fantasques personnages dont ils proposèrent la mise en image à leur ami Scott Shaw, transfuge de chez Hanna-Barbera.
C’est ainsi, que de la même manière qu’il existait une Terre-S, Prime ou X, Terre-C (C pour.. cartoon évidemment!) allait accueillir l’univers créé par les trois hommes.

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Afin de bénéficier d’une audience certaine, le premier épisode de Captain Carrot & His Amazing Zoo Crew! (le point d’exclamation fut rajouté sur l’insistance de Dick Giordano !) fut donc publié en 1982 dans le numéro 16 de The New Teen Titans, et racontait comment Superman (dessiné par Ross Andru), à la suite d’étranges événements se déroulant à Metropolis (ses habitants régressaient subitement à l’état de primate), se retrouva sur Terre-C après avoir détruit le météorite à l’origine du mal sur Terre-1. Dans cet univers et cet épisode preview, l’homme d’acier fit donc la connaissance de Roger Rabbit* et de son alter-ego costumé Captain Carrot, avant de déjouer au côté d’autres supers-animaux, une machination orchestrée par Starro, un vieil ennemi de la JLA. Le Zoo Crew, composé de Captain Carrot, Rubberduck, Fastback, Alley-Kat-Abra, Yankee Poddle et Pig-Iron, était donc né et allait, 20 numéros durant, vivre des aventures aussi considératives et rythmées que celles des personnages du DCverse « normal « .

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Bien que Roy Thomas ne contribua à l’écriture du titre que sur onze numéros, la série subira peu les conséquences de son départ d’une part parce que ce dernier restera toujours très proche de l’équipe créative (Scott Shaw restant aux commandes) et de l’autre, parce que l’intégralité du titre, plus qu’un pastiche animalier des héros de chez DC que laisse supposer son pitch et ses images, intégrait avec brio toutes les composantes du comics de super-héros, en plus de déclarer un évident et formidable hommage aux films de monstres.
S’il y’avait d’ailleurs une poignée d’épisodes à retenir, on relèvera tout particulièrement celui de « The Macabre Menace Of The Mammal Called Armordillo » dans lequel apparaissait une mystérieuse organisation A.C.R.O.S.T.I.C. (et où le blues de Pig-Iron faisaient indubitablement penser à celui de La Chose et ce puissant épisodes des 4 Fantastiques « This Man… This Monster! ») ; « The Secret of Easter Bunny Island! » dans lequel apparaissait Oklahoma Bones Jr, fils d’un célèbre archéologue qui vous rappellera forcément quelqu’un; « The Bunny From Beyond » où nos héros allaient affronter une puissante menace extra-terrestre ; « Time Varmints » publié dans le numéro 9 et inspiré quelque peu par celui paru dans All Star Comics#30, dans lequel Fastback matérialisé en pleine Seconde Guerre Mondiale allait rencontrer Whatsit (qui s’avèrera être son… oncle !) ; « Crisis On Earth-C » et « Crisis On Earth-C Minus » dans les numéros 14 et 15 dans lesquelles la petite histoire rencontrait la grande, et allait associer, dans de géniaux épisodes, la création avortée de Roy Thomas et Gerry Conway, The Just’a Lotta Animals, à Captain Carrot et son équipe!!!
Une JLA (pour Just’a Lotta Animals, bien sûr) par ailleurs dessiné par Roger Rabbit alias Captain Carrot, dans le civil !

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Bourré d’action, référentiel mais digeste, efficace, drôle, il va s’en dire qu’il apparaît urgent de vous jeter rapidement sur les aventures du Zoo Crew de Roy Thomas et Scott Shaw. Zoo Crew qui fit par ailleurs une dernière apparition, anecdotique celle-là, en 2007 dans une mini-série de 3 numéros intitulée Captain Carrot And the Final Ark!
Mais au fait, et la concurrence dans tout ça ? Si chez Eclipse Comics on publia le premier numéro de The Destroyer Duck en Mai 1982 (soit quelques mois après celui de Captain Carrot And His Amazing Zoo Crew!) sous la plume conjointe de Steve Gerber et du King (jack KirbyJ, à Marvel, l’on attendit plus d’un an pour diffuser, avec panache, les aventures de Peter Porker, The Spectacular Spider-Ham.
Mais ceci est une autre histoire…

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*Afin d’éviter l’imbroglio juridique avec Disney suite à la sortie de Qui Veut La Peau De Roger Rabbit ? et ainsi éviter la suspension du titre, « Roger Rabbit » fut renommé « Rodney Rabbit » dès le numéro #7.

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L’homme d’acier vu par Dennis O’Neil et l’indéboulonnable Curt Swan dans un classic shit des années 70, ça donne Kryptonite Nevermore, ou quand presque 15 ans avant John Byrne et sous la tutelle de Julius Schwartz, les deux hommes narraient les aventures d’un Superman plus vulnérable, éprouvant désormais la peur, le doute et que l’on avait débarrassé de son seul danger mortel : la kryptonite.

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Intouchable jusqu’alors, Julius Schwartz patienta jusqu’au départ en retraite de Mort Wiesinger pour s’attaquer à une refonte en profondeur de la création de Siegel et Shuster. Peut-être parce qu’il le considérait comme sa plus pertinente et avant-gardiste plume, Schwartz requis les services de Dennis O’Neil pour métamorphoser l’homme d’acier. Si de ses origines à son costume en passant par son environnement, Superman ne faisait l’objet d’aucune réécriture, c’est sur ce qui avait inscrit le personnage au rang de mythe indestructible sous la direction de Mort Wiesinger, que Dennis O’Neil allait rebattre les cartes.
Pour cela, il allait imaginer une histoire dans laquelle la kryptonite disparut définitivement de la surface de la terre, à la suite de la réaction en chaine d’une centrale convertissant son énergie en courant électrique (!).
Désormais sans menace pouvant mortellement l’agresser, Superman devenait plus que jamais the man of steel. Mais dans l’esprit de Dennis O’Neil, la disparition de la kryptonite allait servir à d’autres desseins…

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Alors qu’il déjouait les plans d’une bande de malfaiteurs, Superman subissait les premiers effets d’un affaiblissement de sa force, en même temps que les conséquences de l’explosion de la centrale avaient ouvert les portes d’une dimension alternative, engendrant un mystérieux double du héros au costume rouge et bleu. Au travers de son artefact historique, Dennis O’Neil ramenait ainsi Superman à moins d’extravagance quant à ses superpouvoirs, avec pour effet direct que le lecteur frémisse désormais pour un homme d’acier… plus vulnérable.
Aux classiques méchants issus de son univers, O’Neil préférait des dangers jadis balayés en une pichenette par le personnage. Rongé par des sentiments qu’il n’éprouvait pas auparavant, Superman craignait ainsi d’affronter une bande de terroristes (#238), peinait à vaincre un vilain du nom de Nyxly (#235), n’évitait pas l’effondrement d’un immeuble entier (l’excellent #240 dans lequel Supes s’interrogeait pour la première fois sur la nature ingrate des hommes), ou se faisait rosser par deux vulgaires ivrognes n’ayant que pour idée de se faire le héros (#242).

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Et Clark Kent dans tout ça ? L’alter-ego de Superman devenait journaliste à la télévision pour le compte de Morgan Edge, nouveau propriétaire du Daily Planet et patron de The Galaxy Broadcasting System (en vérité, émissaire de Darkseid ET création de Jack Kirby).
Pas moins épargné par les tracas que lorsqu’il revêtait son costume et sa cape, Clark Kent devait maintenant composer avec son nouvel emploi et celui de super-héros comme, lorsqu’en plein direct télévisé, il lui fallait quitter des millions de téléspectateurs pour aller combattre le crime !

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Au fil des épisodes, Dennis O’Neil levait le voile sur les raisons de l’amenuisement des pouvoirs de Superman, comme l’énigme de son doppelganger allait prendre fin avec l’épisode intitulé « The Ultimate Battle » (#242). Ayant recouvré la totalité de ses superpouvoirs grâce à l’intervention du mystique I-Ching, l’homme d’acier luttait contre son double dans un combat destructeur ravageant la surface du globe, nous gratifiant par la même occasion d’un climax rythmé de main de maitre par les dessins de Curt Swan, dont une superbe case dans laquelle Superman pleurait un monde en flammes.
Si l’issue de l’affrontement allait se révéler moins dramatique pour la planète Terre que prévu, c’est conscient de l’étendue de ses pouvoirs que l’homme d’acier, de demi-Dieu à surhomme, avait choisi : Superman était mort, vive Superman !

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… Ou les débuts, au beau milieu des 70’s, du jeune George Pérez qui succédait ainsi à Rich Buckler (Buckler n’étant autre que l’homme qui l’intronisa à Marvel à cette même période) sur le titre de la famille « Fantastic », sous la supervision d’un autre fantastique, de chair et d’os celui-là, Roy Thomas.
Une première pour le rookie Pérez qui démarrait fort avec le numéro 164, dans lequel ses dessins se faisaient s’affronter Quasar aux Fantastiques, et dans lequel Roy Thomas libérait les lecteurs affectés par le traumatisme collatéral du découvert bancaire et du système capitaliste.
It ain’t no joke!

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Dans ce numéro, l’on découvrait donc Quasar (ex-Marvel Boy), mettant à sac New York de tous les emblèmes financier de l’empire du meurtrier de son père dans une croisade destructrice, sur laquelle allait se dresser nos quatre héros.
Si les dessins de Pérez étaient encore loin d’atteindre la maturité de son futur chef d’œuvre (Crisis On Infinite Earths), il semble dur de rester insensible à la représentation d’un Quasar totalement halluciné, rongé par le désir de vengeance et lâché comme un fauve dans les rues de New York. On relèvera notamment, à une première confrontation face à la torche humaine (Quasar : 1 – Torche : 0), un monstrueux combat contre la Chose dans l’enceinte d’une banque dans ″The lights of other worlds!″ (FF#165), aussi furieusement dessiné par le talent de George Pérez que sublimé par l’encrage du formidable Joe Sinnott.

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Dans le numéro suivant intitulé
″If it’s Tuesday, this must be the Hulk!″ (FF#166), Vince Colleta remplaçait Joe Sinnott à l’encrage, dansun essai qui ne s’avéra pas gagnant pour George Pérez. Au lecteur d’éprouver l’échec d’une combinaison non-concluante, malgré une histoire forte intéressante où les FF, sur ordre de l’armée, étaient chargés de capturer Hulk afin de tester une solution curative aux effets gammas.
Lointainement influencé par un épisode de Stan Lee et John Buscema (″Battle of the behemoths″, dans lequel Red cherchait à contrôler la mutation de la Chose avec l’aide… du geant vert !), Roy Thomas associait les deux freaks les plus connus de l’univers Marvel, pour notre plus grand plaisir et… le plus grand malheur de la population terrestre !

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Alors que l’épisode suivant voyait le retour aux affaires de Joe Sinnott, la satisfaction était désormais totale de voir les mousquetaires de cette équipe créatrice (Thomas-Pérez-Sinnott) à la barre d’une des plus excitantes collaborations digne du Marvel team-up, face au désormais… 3 fantastiques !
Ce qui fascinait, c’était une fois de plus la façon qu’avait Roy Thomas de faire occuper autant de dialogues dans les illustrations de George Pérez, avec ce sens régulier du rythme et de l’action dans lequel il trouvait toujours comment -et où- alimenter une imprévisible trouvaille qui allait faire trépigner d’impatience le lecteur jusqu’au prochain numéro.
Et à la fin de ″Titans two!″, l’interrogation de ce dernier au sujet des violents maux de tête secouant la Chose durant tout l’épisode, allait enfin trouver sa conclusion : sous l’effet des radiations gammas s’échappant du corps de Hulk, la Chose allait redevenir Benjamin J. Grimm.

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Alors que Rich Buckler reprenait du service pendant deux numéros dans lesquels Power-Man remplaçait la Chose, il était confié à George Pérez de faire revivre le musculeux corps de briques du neveu préféré de tante Pétunia, dans ″A sky-full of fear!″.
Et ce, de façon plutôt insolite…

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Afin d’opposer à Power-Man (désormais sous le contrôle du Maitre des Maléfices) un adversaire de sa puissance, Mister Fantastic mettait au point un endo-squelette à l’apparence de la Chose, pour que Ben puisse réintégrer l’équipe et empêcher Luke Cage d’assouvir les pulsions malfaisantes de Philip Masters.
Sans doute prometteuse dans l’esprit de Roy Thomas et George Pérez, la confrontation entre les deux ex-gamins de la rue allait tourner court. Pour trois ou quatre cases d’échanges de coups de poings, l’essentiel de ce numéro était de fêter le retour de ce vrai-faux la Chose, et de préparer le lecteur à celui des Fantastiques, dans l’espace, autour de l’arc mettant en scène le Maître de l’évolution et Galactus, dessiné par John Buscema, 5 numéros durant.

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C’est ainsi qu’en même temps que George Pérez retrouvait ses pinceaux pour le titre lors du numéro 176, débarquait sur Terre… L’Homme Impossible !

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Parce que vous avez sans doute reconnu les dessins de Jack Kirby illustrant ce numéro 176 des Fantastiques, il est de ces artistes pouvant parfois influencer le cours d’une histoire. Et qui d’autre que le King allait bouleverser, en une planche, celle qu’écrira Roy Thomas pour le come-back sur notre sol du plus insupportable extra-terrestre de tout l’univers Marvel ?
Après que Ben Grimm ait récupéré ses pouvoirs à la suite d’un rayon cosmique qu’il encaissa de Galactus (et devenant ainsi plus puissant qu’auparavant), et que l’univers tout entier ait été sauvé du dévoreur de planètes par L’homme Impossible, nos désormais 5 héros, en pénétrant dans l’atmosphère terrestre avec le vaisseau du Maitre de l’évolution, perdaient son contrôle et s’écrasaient en plein Central Park.
Et c’était précisément à ce moment, que la page de couverture dessinée par le King allait permettre à George Pérez de briller dans une histoire extravagante et pleine d’humour se déroulant dans… les locaux de la Marvel !

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A l’origine, Roy Thomas sollicita Jack Kirby pour qu’il illustre la couverture du #176 avec L’homme Impossible (personnage qui fit sa première apparition sous son crayon dans FF #11) en lui rapportant les grandes lignes de son histoire (alors que les FF tentent de rejoindre le baxter building, L’homme Impossible profite de la situation pour faire du tourisme à Manhattan…) et en lui définissant les contours d’une l’illustration sur laquelle le fantasque extra-terrestre devait affronter la Chose et la Torche, en frappant, l’un, du poing et en foudroyant, l’autre, d’un rayon.
Quelques jours plus tard, le King livra la planche à Roy Thomas qui n’en croyait pas ses yeux. L’on y voyait L’homme Impossible frappant la Chose avec le marteau de Thor et dévastant la Torche avec les rayons répulseurs d’Iron Man, dans un endroit où l’on distinguait des revues et des planches de comics évoquant les bureaux du… Marvel Comics Group.
Il n’en fallait pas plus au cerveau de Roy Thomas pour exploiter l’idée de Jack Kirby et de demander à George Pérez de déplacer l’action de l’histoire dans l’immeuble même de la maison aux idées…

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Diaboliquement effréné et drôle (les FF s’employant de ramener à la raison L’Homme Impossible, vexé par le refus de Stan Lee à vouloir lui accorder sa propre série !), l’on imagine la fierté du jeune George Pérez à dessiner ses employeurs, et surtout idoles, dans une aventure non-sensique qui allait s’achever sur un cliffhanger trépidant : les Terrifics avaient pris quartier du Baxter Building!

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Dans le numéro 177, les Terrifics, à la recherche d’un quatrième membre, allait faire passer un casting de vilain au sein même du Baxter Building. Au milieu de pseudos super-vilains (dont un Captain Ultra, doté d’une force surhumaine mais allergique… au feu), se côtoyaient Thundra (ex-Terrific qui tomba plus ou moins sous le charme de la Chose, dans l’excellent épisode de Thomas & Buscema, ″Battleground : Baxter Building″ FF #130), Texas Twister (un nouveau héros, dont l’introduction n’était sans doute motivé que pour mieux jauger la température du lecteur à son égard), Tigra, mais surtout La Brute, horrible vilain sur lequel les épisodes suivants allaient s’articuler, son alter-ego n’étant autre que… Red Richards, double maléfique en provenance de la Contre-Terre.

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Passé la plaisanterie (d’ailleurs pas forcément très inspirée) du casting de méchant, ces épisodes voyaient notamment la perte des pouvoirs de Mister Fantastic et son remplacement par celui de la Contre-Terre, au terme du chaos d’un combat qui le verra envoyé dans la zone négative.
Pour George Pérez, le jeu des chaises musicales l’amena à assurer l’intérim de Sal Buscema sur Avengers (et les débuts de The Korvac Saga) tandis que ce dernier allait… s’occuper des FF !
A son retour, Pérez collaborait avec Len Wein désormais à l’écriture, Roy Thomas s’en allant rejoindre l’univers du Dieu du tonnerre.
Malgré les mésaventures d’un Red Richards sans pouvoirs, qui allait durement mettre à mal sa fierté d’homme et de chef des Fantastiques, les histoires écrites par Len Wein ennivraient trop peu (l’enlèvement de Franklin par les sorciers de Salem) pour que l’on retrouve l’énergie des dessins de George Pérez.
Mais parce qu’il n’était peut être question que de réglages entre les deux hommes, leur collaboration, bien que courte, allait toutefois accoucher d’épisodes plutôt riches en surprises…
To be continued…