Archives de la catégorie ‘Guerre, Western’

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Tout juste après la sortie en salles sur le territoire américain de La Mélodie Du Bonheur*, Robert Wise s’attaquait au livre de Richard Mc Kenna dont l’histoire se déroulait dans la Chine du milieu des années 20, en pleine guerre civile entre nationalistes et communistes dans laquelle allait se retrouver le San Pablo, une canonnière Américaine patrouillant sur le Yang-Tse, où venait tout juste d’être affecté le machiniste Jake Holman (Steve McQueen)…

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Réalisé en 1966, il apparaît évident, au même titre que d’autres films tournés durant la même période, que le sujet de La Canonnière Du Yang-Tse porte en son sein un regard critique sur l’intervention des troupes Américaines au Vietnam.
Si à ce sujet l’on se souvient des dialogues sans équivoque de Les Professionnels de Richard Brooks ou de la violence du bourbier Vietnamien allégorisé par Peckinpah dans La Horde Sauvage, l’action où se déroulait chacun de ses films, ainsi que leur genre, se faisait conserver une certaine ambiguïté quant à leur point de vu politique.
Film de guerre se déroulant à une époque charnière du continent Asiatique, le film de Robert Wise, lui, ne laissait planer aucun doute quant à ses intentions réflexives.

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Au cœur de La Canonnière Du Yang-Tse, cette condamnation de l’ingérence Américaine dans les affaires intérieures d’autrui n’occultait pas pour autant la position adoptée par Robert Wise à l’égard de ses personnages dont les actes allaient, au fil de l’histoire, contribuer à franchir un palier toujours plus absurde vers un point de non-retour du genre humain.
Ainsi, assiégé par les communistes réclamant la tête du personnage interprété par Steve McQueen accusé à tort du meurtre d’une jeune Chinoise, l’équipage du San Pablo refusant l’affrontement, élève un début de mutinerie contre le commandant en bord (impérial Richard Crenna) afin de livrer McQueen à la vindicte populaire. Et puisqu’il fallait évoquer toute la cruauté de la nature humaine d’où qu’elle vienne, Robert Wise ne ménageait personne lors d’une des séquences les plus fortes du film, qui voyait Po-Han, un jeune coolie Chinois interprété par Mako, se faire torturer par les siens devant l’équipage du San Pablo, sans réaction.

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Se conformant au schéma du film de guerre de l’époque, La Canonnière Du Yang-Tse proposait donc une superbe séquence de combat dans sa dernière demie-heure. Se faisant s’affronter les hommes du San Pablo aux révolutionnaires Chinois sur le Yang-Tse, Robert Wise filmait cette séquence d’action comme dans un swashbuckler dans lequel les mitrailleuses auraient remplacé les canons à poudre, et les baïonnettes au bout du fusil d’assaut, sabres et autres mousquetons.
Il y’avait d’ailleurs un petit quelque chose issue du film d’aventure dans La Canonnière Du Yang-Tse, avec sa structure classique dans laquelle était insufflée une dimension poétiquement épique, l’exotisme de son paysage magnifiquement mise en images, et le romantisme incarné par les couples Steve McQueen – Candice Bergen et Richard Attenborough – Emmanuelle Arsan, bien que particulièrement tragique en sera l’issue.

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Souvent passé maître dans l’art d’associer « l’inanimé » au personnage principal comme une seule et même entité, on notera la promiscuité de la visite du personnage de Steve McQueen dans la salle des machines du San Pablo avec celle du Capitaine Kirk et de ses retrouvailles avec l’Enterprise dans Star Trek : The Motion Picture, le tout sur le pénétrant score de Jerry Goldsmith, témoignant de la facilité avec laquelle le réalisateur de La Maison Du Diable saisissait le langage du cinéma dans des scènes d’un lyrisme métonymique.

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Fresque historique, film de guerre et d’aventure, drame, ou tous ces genres là associés, s’il y’a bien une case où La Canonnière Du Yang-Tse ne fera aucun débat, c’est dans celle des chefs d’œuvres.

*c’est d’ailleurs sur le tournage du film, que Robert Wise apprit d’Hollywood qu’il avait remporté l’oscar du meilleur film et du meilleur metteur en scène pour cette réalisation.

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Roger Corman s’essayant au film de guerre dans une version commando précédent de 3 ans The Dirty Dozen, ça a l’air plutôt sympa non ?

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Bon, si je cite le film d’Aldrich pour évoquer The Secret Invasion ce n’est absolument pas par pur gratuité, mais bien parce que l’étroitesse du pitch séparant Les Douze Salopards à L’Invasion Secrète (son titre français) interpellera forcément l’amateur du genre. L’histoire, qui se déroule pendant la seconde guerre Mondiale, raconte comment 5 repris de justice enrôlés par les services secrets de Sa Majesté, et sous la tutelle du Major Mace (Stewart Granger), devront délivrer des nazis le général Italien Quadri, enfermé dans une prison à Dubrovnik, afin que ce dernier appelle ses troupes à rejoindre les forces Alliés…

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De là à évoquer le plagiat au sujet du livre écrit 2 ans plus tard par E.M. Nathanson et dont fut tiré le scénario de Les Douze Salopards, il y’a un pas que je ne me vois sûrement pas franchir. Il n’empêche que l’originalité du film d’Aldrich, qui prenait comme protagonistes des taulards et la réflexion qui en découlait, se trouve sacrément secoué par L’Invasion Secrète.
Avec un budget d’un peu moins 600 000 dollars, il est évident que les attentes du film de Roger Corman ne devront en rien être comparé avec celle de la MGM (productrice du Aldrich). Pour autant en grand habitué des contraintes financières en tous genre (même si pour un Corman, le budget du film est relativement élevé), L’invasion Secrète recèle de quelques trouvailles inventives, à commencer par l’addition de talents, tous dans une discipline bien précise, de ce groupe d’hommes aux caractères déjà bien trempés (aucun ne se révélera de motivations particulières, si ce n’est de sortir vivant et de mener à son terme cette mission-suicide) ou dans le cadre de la mise en scène, en faisant par exemple évoluer les personnages avec cette recherche de l’esthétisme résolument Cormanienne.

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Quasi-remake de sa premiere expérience filmique Five Guns West (que je ne donne pas l’air de chercher à enfoncer le clou à propos de The Dirty Dozen!) dont il ne sortit pas satisfait, L’Invasion Secrète évoquait même avec un progressisme certain, le fait que l’Italie comptait malgré tout dans ses rangs des militants antifascistes, rappelant ô combien Roger Corman s’attacha, dans quelques un de ses films, à combattre une certaine idéologie (et dont le moins parabolique et plus probant est bien évidemment The Intruder).

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Audacieusement énergétique et finalement à la hauteur de ce que l’on est en droit d’attendre d’un film de guerre, L’Invasion Secrète se donne en plus le luxe de composer avec un inattendu rebondissement et d’introduire certains ingrédients issus du fantastique (Corman rules!), dont le personnage interprété par Henry Silva, effrayant en ange de la mort, s’en trouvait être la parfaite cristallisation.
L’invasion Secrète ? Petit, mais costaud.

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Non mais ça me fait plaisir. Déjà parce que Les  Sept Mercenaires est un de ces westerns que je connais par cœur mais aussi parce que ce film que John Sturges mis en boîte en 1960, conditionna sans aucun doute mon amour pour les personnages sur la brèche, hors la loi et désabusés, qu’une noble et juste cause allait réunir le temps d’une mission suicide. Remake de Les Sept Samouraïs, le film de Sturges n’entretenait finalement de rapport avec celui de Kurosawa que par son pitch, avec l’histoire de ces fermiers Mexicains qui, pour se défaire du racket de Calvera (Eli Wallach, égal à lui-même dans son rôle de crapule, lequel tapa dans l’œil de Leone pour Le Bon, La Brute Et Le Truand) et de ses hommes, allaient engager un petit groupe de cow-boys, tous des professionnels du travail rapide, net et sans bavures…

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Habitué à filmer des héros de western souvent mis en échec et désabusés par leur propre condition, Les Sept Mercenaires est d’ailleurs le film qui semble le mieux résumer la carrière de John Sturges dans le genre, réalisateur mal aimé des amateurs justement, alors que ce dernier filma -et par deux fois- la meilleure adaptation à l’écran de Wyatt Earp et Doc Holliday avec Règlement de compte à OK Corral et l’excellent Sept Secondes En Enfer. Si d’ailleurs Les Sept Mercenaires ne mettait pas en scène des légendes qui auront marqué l’histoire de l’Ouest Américain, il n’en demeure pas moins que c’est bien avec une efficacité des plus remarquables que John Sturges portait à l’écran des personnages fictifs marqué du sceau du mythe westernien. Anticipant de quelques années l’état de démystification de la légende et de pessimisme qu’engendra son plus grand représentant avec L’Homme Qui Tua Liberty Valance en 1962, John Sturges filmait l’Ouest dans lequel l’homme de loi et son étoile brillait par son absence et sa soupçonnable impuissance à secourir les plus faibles des plus forts. Se rappelant au bon souvenir de Un Homme Est Passé avec Spencer Tracy, John Sturges se livrait à un plaidoyer contre l’intolérance dans le premier quart d’heure du film en guise d’introduction des personnages de Yul Brynner et Steve McQueen, à l’escorte d’un cercueil d’un Indien qu’une certaine partie de la ville refuse de voir enterrer dans son cimetière. Dans Les Sept Mercenaires, la justice revêtait donc le visage de gâchettes impitoyables, présumées sans foi ni loi.

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Il y ‘avait quelque chose de génial à voir ces hommes, ces tueurs, enrôlés pour une vingtaine de dollars à une cause qui ne les concernait pas (la défense d’un village Mexicain contre une soixantaine de pilleurs armés), seulement motivés par un hypothétique rachat de l’âme (le personnage de gunman psychotique incarné par Robert Vaughn) ou par esprit de compétition (celui de Steve McQueen ou de James Coburn). Il conviendra de relever, comme une punition se dressant dans un film exaltant un certain humanisme, que les premier des mercenaires tués sera le seul a travailler pour l’argent et à s’imaginer que les terres des fermiers Mexicains regorgaient d’or (Brad Dexter). Une idée fixe avec laquelle Yul Brynner préfèrera d’ailleurs laisser mourir son compagnon, l’idée de conforter, jusque dans la tombe et aussi amorales soient-elles, les convictions profondes qui ont animé chacun de ces hommes.

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Manifestant comme souvent une habileté à brosser la vraisemblance psychologique de ces personnages, John Sturges régalait le spectateur avec cette efficience qui tenait en une courte scène, un plan ou une ligne de dialogue. Excellemment bien écrits, ces derniers mettaient à nu la nature de ces mercenaires que seuls les balles semblaient pouvoir atteindre au cœur. Ainsi, surpris par Yul Brynner alors qu’il se trouve au contact d’enfants du village au fait de son véritable nom (Bernardo O’Reilly), Charles Bronson, daignant regarder son partenaire, répondra : « Oui, c’est mon vrai nom. Mexicain d’un côté, Irlandais de l’autre, et moi au milieu. ». Harmonisée à cette thématique d’existence et d’appartenance à un groupe, la réalisation de John Sturges épousait avec autant d’efficacité les quelques grands espaces filmés que les situations qui exaltaient la nature des personnages du film, notamment dans la première partie du film, formidable, qui voyait le recrutement de ces cow-boy sans attache par le plus mystérieux d’entre tous (Yul Brynner).

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Ce texte est dédicacé à la mémoire de Robert Vaughn (1932-2016), dont son rôle dans le film de John Sturges aura sans doute été le plus fascinant et complexe de sa carrière…

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