Archives de la catégorie ‘Science-Fiction, Anticipation’

vlc-00037

Professeur de cybernétique de renom, Alex Harris (Fritz Weaver) entretient une relation au bord de la rupture avec sa femme, Susan (Julie Christie), pour laquelle il est peu présent. En effet, Alex est le créateur d’un ordinateur animé d’une intelligence artificielle surpuissante, Proteus IV, destiné à la recherche et à l’évolution de plusieurs vaccins pour le milieu médical.
Mais désireux de s’émanciper par delà ses circuits électroniques, Proteus IV émet à Alex le souhait d’étudier l’être humain par l’intermédiaire d’un des terminaux informatiques avec lesquelles il est relié. Décontenancé par le désir de sa machine, Alex refuse. A son insu, Proteus IV défie alors la volonté de son créateur, et pénètre le système informatique de sa maison où il va faire de Susan sa captive, avec pour but : l’enfanter.

vlc-00043

Insensé sur le papier, le pitch de Demon Seed fait pourtant preuve d’un sérieux inattaquable à l’écran.
A partir d’une des thématiques favorites du cinéma d’anticipation des années 70 où la technologie moderne asservirait l’homme, le réalisateur Donald Camell échoppait un huis-clos d’épouvante de tout premier ordre, où l’immense demeure des Harris allait devenir le lieu de toutes les perversions et soumissions pour Susan, sous le regard et le contrôle de Proteus IV.

vlc-00048

Malgré la similarité du sujet avec The Forbin Project (les velléités de pouvoir d’un super-ordinateur), Donald Camell, avec Demon Seed, n’alimentait pas le terrain politique qui fut la pierre angulaire du film de Joseph Sargent, mais se servait autant de l’introduction de l’inconnu d’une menace chez les Harris pour allégoriser sur les principes de foi conjugale (voir cette incroyable scène où Julie Christie annonce à Fritz Weaver la présence de Proteus IV dans la maison, comme un aveu d’adultère), ou sur les méthodes scientifiques menant à l’insémination artificielle (la création d’un enzyme par Proteus IV, reproduisant un spermatozoïde humain !), qu’il étudiait le mécanisme de la peur dans une mise en abime impliquant le personnage de Julie Christie et le spectateur.

vlc-00040

Parce que, bien plus que les théorèmes métaphysiques et autres études sur les rapports de couples qui alimentaient le film, c’était bien l’expression de l’angoisse envahissant la demeure des Harris comme le psyché d’une société cauchemardant sur l’avancée de ses technologies et la représentation de l’élément hostile comme le symbole d’un esprit frappeur hantant la maison, qui élevait Demon Seed au rang de film d’épouvante, bien plus que celui d’anticipation.
Du sinistre score de Jerry Fielding à la métallique voix de Proteus IV dont la première apparition sonore n’était pas loin de glacer le sang, à la lourde atmosphère infestant l’espace fantastique du film, tout concourrait dans Demon Seed a installer le spectateur dans un état d’angoisse inconfortable, comme en atteste le final antéchristien en diable, pessimiste, Kubrickien : superbe.

vlc-00051

Quelques uns se souviendront de sa diffusion dans L’avenir Du Futur, certains d’avoir assouvi une curiosité cinéphilique, les autres vous savez ce qu’il vous reste à faire.

Publicités

TFP-229003

Ca ne surprendra personne, la SF des seventies se sera montrée soucieuse d’afficher avec un effroyable réalisme la représentation des peurs quotidiennes de la société d’alors.
En plein cinéma du complot, le genre n’y allait plus de ses allégories anti-coco mais évoquait au présent l’inquiétude profonde de nos contemporains qui entonnaient, chaque jour, toujours un peu plus ce refrain : « Le futur que nous réserve t-il ? » *.
Et réalisé par un petit nouveau dans le monde du cinéma mais par un grand monsieur de la TV US ( Des Agents Très Spéciaux, Les Envahisseurs,
Le Fugitif), The Forbin Project se posait dans le genre, en projetant la hantise d’une technologie déréglée et menaçante pour le genre humain.

vlcsnap-00054

Charles Forbin, c’est un mec super intelligent. Un scientifique au look de dandy, créateur pour le compte du gouvernement US d’un (forcément) super ordinateur en charge de la défense du pays, répondant au doux nom de Colossus. Problème, les Russes jamais en reste pour reluquer sur la copie du voisin ont également ajouté leur pierre à l’édifice technologique, en mettant sur pied Guardian. Et manifestement entre Colossus et Guardian ça colle direct, les 2 monstres de puissance informatique communiquant entre elles pour foutre le boxon dans le monde.
La révolte des machines est en marche, leur ambition ? Asservir la race humaine…

vlcsnap-00044

Comme un paquet d’autres œuvres de SF, il aura fallu du temps pour que The Forbin Project ne soit considéré à sa juste valeur et n’acquiert donc ses galons mérités de film-clé du genre. Et à bien y regarder, avec un pitch qui n’était pas des plus alléchants en terme de spectaculaire, des effets (très) spéciaux aux abonnés absents et aucune tête d’affiche, le spectateur n’avait il pas eu raison de ne pas en prendre pour un dollar ? Non. Car En la personne de Joseph Sargent, le générique de The Forbin Project avait pourtant clairement affiché ses intentions, et les producteurs leur idée de génie en ayant enrôlé ce routier de la TV US en tant que réalisateur.
Habitué de la narration télévisuelle, Sargent ne se formalisait pas des moyens visiblement réduits de son film (mais vous jugerez sur pièce), pour au contraire articuler avec brio à partir de son lieu commun, une éprouvante progression dramatique à la manière des plus grands thrillers politiques. Je n’y vais certes pas de main morte avec les qualificatifs mais, la mise en scène réaliste de Sargent comme ses intentions jusqu’au-boutiste, figeait d’effroi le spectateur dès la 45è minute.

vlcsnap-00049

S’il l’on peut regretter que la pression ne retombe comme un soufflet lors de l’intermède qui verra Forbin confiné dans son appartement sous la menace de Colossus (avec en prime une romance dont une scène vous rappellera sans doute… Austin Powers !), il en ressortira que ces quelques minutes anticiperont avec une lucidité implacable la paranoïa découlant de Big Brother. Car même dans ses moments les moins réussis (et en vérité, il n’y en a qu’un seul), The Forbin Project affichait les craintes incoercible de la conscience collective, au seuil d’une nouvelle ère technologique.
Impressionnant de noirceur, le final du film contrastait avec la satisfaction arrogante de Forbin au début du film : impuissant face à l’ambition de sa création, ce dernier cédait jusqu’à en plier définitivement la tête

Le soulèvement des machines sur les écrans de cinéma, c’est en 1970 qu’il a eu lieu.

*Et de Mondwest à The Forbin Project, James Cameron n’aura donc pas négligé la thématique de la SF des 70’s pour assembler les pièces de son Terminator

vlcsnap-00036

Alors que les années 70, sous le pavillon noir de New World Pictures, virent Roger Corman produire une flopée de films essentiellement tournés vers l’action (explosion des sous genres oblige), les 80’s, depuis le succès planétaire d’Alien, mirent à contribution le portefeuille du réalisateur de La Chute De La Maison Usher, dans la mise en chantier de films marqué par l’influence de celui de Ridley Scott.
Tourné un après La Galaxie De La Terreur, le proto-Aliens de Bruce Clark (et… James Cameron), Forbidden World, considéré comme une vraie-fausse suite au film de Clark (opinion en réalité fondée sur la similitude de leurs affiches respectives, et par le recyclage d’une certaine partie des décors de La Galaxie De La Terreur), et réalisé par l’obscur Allan Holzman, racontait l’histoire d’un barbouze de l’espace, Mike Colby (Jesse Vint, l’équipier piégé par Bruce Dern dans Silent Running), et de son assistante-robot, SAM-104 (sorte d’Armanoïde de l’anime Cobra), déroutés sur la planète Xarbia afin d’y éliminer une expérience scientifique ayant mal tourné, le « sujet 20 ».
Mais sur place, les artisans du désastre l’entendent d’une autre oreille, et tandis le débat s’engage sur le bien fondé de préserver une expérience destinée à vaincre la famine galactique, le « sujet 20 » s’échappe de son incubateur et mute en une horrible créature…

vlcsnap-00067

Si le prétexte scientifique de l’histoire écrite par Jim Winorski et RJ Robertson (les deux hommes à l’origine du remake de Not Of This Earth) et les mécanismes de récit (huis clos, danger surgissant de nulle-part) classait invariablement Forbidden World dans la catégorie des Alien-like, l’abomination métamorphe du « sujet 20 », l’approche de l’horreur et de la contamination de l’autre, le rapprochait inévitablement à un chef d’œuvre du genre : The Thing.
Dans cette façon qu’avait le film de dégager l’obsession de l’organique, on comptera également les nombreuses allusions sexuelles illustrées par l’inconnue dimension du « sujet 20 », de sa semence son liquide gélatineux projeté sur la caméra ou sur une grille d’aération, lorsque s’effeuillait la sublime Dawn Dunlap (affolante brune vue dans le Z et sexy Barbarian Queen), à sa tentacule pénétrant du vagin jusqu’au cou, June Chadwick (la sulfureuse blonde reptilienne de la série V).
Il faut dire qu’on ne serait à moins être excité par ce croisement entre Jodie Foster et Jill Kelly, dont le postérieur ferait rougir un ministre des finances.

vlcsnap-00039

Mais ce n’était pas tant le privilège du sexe -allusif ou non- qui rendait Forbidden World hautement recommandable, mais l’emploi d’Allan Holzman à transformer un fil conducteur du plomb à l’argent, grâce à une réalisation surpassant le cadre artificiel des lieux où se déroulait l’action, une photogénie certaine (joli boulot sur l’éclairage) et des cadrages souvent bien sentis.
Holzman faisant montre d’une belle énergie dans la mise en scène et, même lorsque certaines séquences étaient abîmées par la qualité des effets spéciaux, (comme dans le combat spatial du prologue) il y’avait toujours un truc dans le montage, un choix d’axe dans la prise de vue, pour dynamiter l’ensemble et plus que jamais déplacer un adage bien de chez nous pour l’Amérique : « Chez Corman, on a pas de pétrole, mais on a des idées ».

vlcsnap-00058

Une très bonne B donc, emmené par une musique bien chelou, deux actrices sexys, des cris, un final gore, un monstre qui semblait tout droit sorti de La Petite Boutique Des Horreurs, des vaisseaux spatiaux qui tiraient des lasers qui faisaient « piou-piou », des personnages aussi sympas que leurs acteurs… bref le bonheur emballé en 80 minutes.

vlcsnap-00041