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Du vide laissé par la CANNON au parcours bâtard de NU IMAGE vers MILENNIUM FILMS, PM ENTERTAINMENT (studio qui n’aura jamais aussi bien porté son appellation) aura durant les années 90 totalement satisfait le spectateur de la vidéo d’action ou celui en recherche d’émotions fortes et de testostérone le temps d’une soirée de merde (en solo, la bite à la main). Et parce que cette perspective guette parfois nos week-ends (la recherche d’émotions fortes et de testostérone, bien sûr), il est vivement conseillé de se jeter sur Rage, réalisé par Joseph Merhi, et qui raconte comment la vie sans histoire d’Alex Gainer (Gary Daniels), instituteur dans une école primaire, allait basculer dans une histoire mêlant sérum de super-soldat, trafic de clandestins, CIA et 4è pouvoir. Transformé en machine à tuer par l’Armée parce que jugé plus résistant que les précédents cobayes humains utilisés jusqu’alors, Gainer parvient, au terme d’un carnage, à prendre la fuite. Déterminé à faire éclater la vérité sur les agissements obscurs du gouvernement, Alex Gainer devient l’homme le plus recherché de Californie…

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Depuis les bases d’un scénario qui interpénétrait science-fiction, film de complot, satire des médias (une grande spécialité de la maison Pepin et Merhi, ici sous influence de Piège De Cristal) jusqu’à flirter avec les lignes du drame social en évoquant le problème des immigrés clandestins et les méthodes fascistes des autorités à leur égard (!), Rage ne donnait pas seulement l’impression que le rythme était fou sur le papier, à l’écran il appartenait aux séquences d’action d’imposer la structure du film, de ramener le spectateur à l’évidence d’un genre et de ridiculiser la ritournelle de 3 lettres héritée de la fin du marché vidéo à papa et du bouleversement du mode de production des majors. Emmené par une anthologique course poursuite (exemple canonique du savoir faire PM) se déroulant sur une autoroute et mettant en scène un Gary Daniels hors de contrôle à bord d’un poids-lourd qui dévastait tout sur son passage (avec en prime du clin d’oeil comme l’on en fait plus à Smokey & The Bandit!), Rage disposait pendant 1H30 de l’attention du spectateur, désormais sous contrôle, halluciné par l’exercice qui le conviait au fameux… stimulus physique.

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Malgré cette approche non-sensique du genre, Joseph Merhi ne cherchait aucun débordement dominé par l’ère du tout-vidéo clip dans sa réalisation, beaucoup plus dans l’efficacité hypertrophiée des enchainements de ses séquences d’action (la course poursuite qui en mettra plus d’un sur les rotules donc, mais aussi la longue séquence à base de SWAT et d’hélicoptère cherchant à dégommer Gary Daniels sur le toit d’un immeuble) à un final homérique se déroulant dans un centre commercial (avec pleins de jolis cascades) d’où surgissait la… stylisation du méchant qui clopait derrière un manège sur fond de ralenti (pas été vérifié depuis leur année de production respective, mais il me semble que ces inserts dans le montage de cette ultime séquence de Rage imitait le début de Volte-Face), moment d’épate dispensable (même si pas trop mal fichu), dans un film qui avait jusque là bien digéré le jeu des références.

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Il reste que Rage avait quoiqu’il en soit gagné sur toute la ligne, celui du mérite, déjà, pour Joseph Merhi qui avait réalisé l’un de ses films les plus réussi dans son habit de mécano du cinéma d’action, et puis celui de nous avoir redonné foi en l’honnêteté de la presse , la justice, le courage : l’individu.

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Une tuerie.

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Lorsqu’en février 1979 Ross Andru revient dans les locaux de DC COMICS s’installer au poste de rédacteur en chef de la série The Flash, Cary Bates, alors indéfectible soldat de Julius Schwartz et pensionnaire des aventures du Scarlet Speedster depuis le début des années 70, n’imagine pas encore qu’il va, sous l’impulsion et la direction de l’ancien dessinateur de Spider-Man (ce dernier, très certainement sous influence de son run fracassant avec Gerry Conway sur The Amazing Spider-Man), propulser Flash et son alter-ego vers des cimes qu’aucun chez DC n’avait, ni soupçonné, ni jamais suggéré jusque ici. C’est ainsi qu’en juin de cette même année qui intronisait Ross Andru à la tête du titre, Cary Bates, dans une histoire intitulée « The Last Dance » (The Flash #275) ressortait de sa boite un des vilains les plus pernicieux de la série, le Reverse-Flash, héritage de John Broome qu’aura creusé la plume de Bates depuis les débuts de son run jusqu’à cet incroyable numéro donc, qui poussera les agissements psychopathes de ce vilain au meurtre de l’épouse de Flash, Iris Allen.

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L’événement, de taille d ans l’univers des personnages de DC COMICS, allait faire entrer la série The Flash dans une dimension toute particulière, celle de ces héros déboussolés de l’intérieur, vulnérables, en proie à une violence dont le lecteur n’aurait jamais imaginé, jadis, voir l’insouciance des histoires altérées et dont le principal instigateur aura évidemment été Dennis O’Neil, au début des 70’s avec la série Green Lantern / Green Arrow. Dans les numéros suivants le meurtre d’Iris Allen par le doppelgänger de Flash, Cary Bates aura recours au schéma usité au cinéma du rise & fall et de sa mutation moderne conclu par un happy-end coïncidant avec le départ de… Ross Andru pour Len Wein (The Flash #284 et son génial titre « Run Flash… Run For Your Life ! »). Mais marqué par la « méthode » Andru, Cary Bates n’avait pas dit son dernier mot quant à la torture psychologique d’un personnage avec lequel il entretenait une relation d’une longévité pour le moins fantastique. Et c’est avec l’arrivée d’un certain Ernie Colón en remplacement de Len Wein à la tête de la série (The Flash #315), que Bates allait gravir la marche définitive de ces scénaristes capable d’abattre les cartes d’une fin de run comme d’un seul mouvement lyrique, déployant en 24 derniers numéros presque 30 ans d’Histoire de l’homme le plus rapide du monde. Et à la destinée inéluctable liant Cary Bates à Flash, il ne pouvait y’avoir qu’un seul homme pour mettre en images le final de la série : Monsieur Carmine Infantino.

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Profitant de la relative inexpérience des mœurs du monde des super-héros d’Ernie Colón, Cary Bates soumettait à ce dernier l’improbable copie d’un personnage de papier (et ici, quel personnage !) dévoyant l’un des fondamentaux –si ce n’est le fondamental- de l’industrie d’alors : l’homicide par un héros costumé de la justice.
Et l’histoire débute au numéro 323 (« Run Flash… Run For Your Wife ! », malicieuse référence au titre du #284), dans laquelle Barry Allen/Flash, ayant depuis les événements passés refait sa vie, s’affaire au mariage qui le prépare avec sa fiancée, Fiona Webb. Mais, tandis qu’il se trouve chez ses parents pour un départ vers l’église, la liesse est interrompue par un Gardien de l’Univers venu l’avertir d’une terrible menace et événement : suite à un orage cosmique ayant bouleversé les limbes du temps dans lesquelles il était retenu prisonnier (The Flash #283), le Reverse-Flash est de retour à Central-City ! Déterminé à ne pas le laisser une seconde fois créer le trouble dans sa vie, Flash se lançait à la poursuite de son dangereux adversaire qui, au terme d’un combat fou de super-vitesse au large de Miami Beach, prenait le meilleur sur le Scarlet Speedster qui découvrait cette terrible inscription laissée par un sillon de super-vitesse: « Guess who’s…going to kill… your wife again ? ».
A Central City, le Reverse-Flash donnait donc rendez-vous avec la mort à Fiona Webb avec la même méthode avec laquelle il assassina Iris Allen, quatre ans plus tôt. Mais rien ni personne ne pouvait plus arrêter Flash dans le sauvetage de sa bien-aimée, et pour stopper l’irréversible geste de son ennemi, le retenait à la dernière seconde lui brisant net la nuque. Le Reverse-Flash rendait son dernier souffle.

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Au-delà d’un fait à propos duquel Cary Bates franchissait la limite sans que personne à DC COMICS, et surtout pas Ernie Colón, n’en court-circuite la démarche, il y’avait les planches de Carmine Infantino pour rappeler qu’à l’éloge des pouvoirs de vitesse du personnage, aucun autre dessinateur ne pouvait tirer de plus impressionnantes illustrations que cette course contre la mort (ou plutôt… pour la vie !) exhibée dans les numéros 323 et 324. Leitmotiv qui parcourra d’ailleurs le run de Bates et Infantino dans de nombreux numéros, le degré d’urgence de certaines situations requérant la super-vitesse de Flash, trouvant écho dans la virtuosité du dessinateur historique de la série. Avec très certainement en point d’orgue ces exceptionnelles quatre premières planches de « Defend The Flash… and die? » (The Flash #332), dans lequel Flash repoussait les limites -sans doute jamais encore atteintes- de ses pouvoirs pour sauver d’une mort certaine son avocat, victime d’un attentat à la bombe.
Depuis l’homicide du Reverse-Flash à l’ouverture du procès du Scarlet Speedster (#341, « Trial & Tribulation »), le travail à l’écriture de Cary Bates devenait la propre manifestation du personnage : rapide, explosif, foudroyant ; Bates engageant tous les moyens pour libérer les contraintes qu’un tel événement sur un tel super-héros pourraient produire. Mieux, il en faisait le moteur du rythme, élaborait un trauma autour de Fiona Webb désormais placé dans un établissement psychiatrique ; faisait disparaître Barry Allen pour lequel les autorités lançaient un avis de recherche ; mêlait l’équipe des Rogues, Gorilla Grodd et d’autres méchants au récit, et multipliait les rebondissements ou les contre-pieds, comme lorsque promis à une exclusion de la JLA à la suite de son accusation pour meurtre, Flash ne devait son maintien dans le groupe qu’au dernier vote de… Superman, symbole du comic-book par excellence, qui bousculait toutes les conventions vertueuses en adoubant son rapide partenaire écarlate (#329, « What is the Sinister Secret of… Simian & Son »). A l’objectif de transgresser l’univers moral des comics, de faire voler en éclat les barrières les plus insensées et plus que jamais au contrôle de sa propre histoire (depuis le numéro 327, « Burnout », il occupe la place laissée vacante par Ernie Colón!), Carry Bates transformait même le physique de son personnage dans deux numéros (#341 & 342), faisant que Barry Allen ne serait plus jamais celui que les lecteurs et son historique éditeur, avait connu.

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Mais le public, justement, ne répond pas présent. Outre le fait qu’il ne semble pas pardonner à Cary Bates d’avoir fait de Flash un assassin (quand bien même serait-ce d’un super-vilain !), il trouve les numéros liés au procès trop longs, aux enjeux trop étirés, reprochant jusqu’à la série de ne pas délivrer assez… d’action (!).
Cary Bates reste sourd, demeure dans sa bulle, les ventes baissent et dans les coulisses du dernier étage de DC COMICS, l’on commence à prendre les choses très au sérieux…

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Lorsque parait en kiosques, en janvier 1985, The Flash #344 (« Betrayal ») à l’histoire articulée autour du témoignage à la barre de Kid Flash contre… Flash (et sa future symbolique coïncidence), DC COMICS publie conjointement sur le territoire américain sa nouvelle série Crisis On Infinite Earths, monument en devenir de l’histoire de son éditeur et du comic-book tout court, signé par Marv Wolfman et George Pérez. A l’objectif de repenser tout l’univers DC en éliminant le concept des terres multiples, il fallait également sacrifier quelques personnages. Len Wein (impliqué dans les dessous de Crisis…) et Marv Wolfman dressèrent donc une short-list de héros destinés a passé trépas dans laquelle figurait, outre Supergirl, Flash, victime en quelque sorte de son… insuccès présent. L’idée fut apportée sur un plateau à Dick Giordano, alors directeur de la publication chez DC, et Jennete Kahn, sa puissante Présidente, qui validèrent la disparition du Scarlet Speedster sous les dépits de l’illustre Julius Schwartz et bien évidemment de Cary Bates, également mis à l’écart du futur nouveau Superman pour… John Byrne.
Cruelle ironie qui voyait en même temps que le procès d’un personnage de fiction se poursuivre dans les pages de sa série, se dresser l’éviction, bien réelle celle-là, de son auteur.

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Pour autant, Cary Bates intensifiait la trame de son histoire et émettait d’inattendues passerelles entre la fin de son run et d’autres épisodes historiques de la série, baroud d’honneur impressionnant de professionnalisme et d’union sacrée avec le personnage de Flash, tandis que Carmine Infantino semblait boucler la boucle à rebours dans un dernier épisode (The Flash #350, « Flash Flees ») dans lequel apparaissait une ultime fois l’équipe des Rogues renvoyant à son officielle première apparition, dans « The Gautlet Of Super-Villains » (#155). Suspendu au suspense du vrai-faux retour du Reverse-Flash, de l’énigme des paradoxes temporels et de l’identité d’un mystérieux membre du jury complice de l’évasion de Flash (#349), l’exigence du contenu du dernier numéro de The Flash assemblait tous les éléments de la continuité d’un titre comme jamais, peut être, aucune autre série ne l’aura fait jusqu’ici. Au terme d’une dernière péripétie qui voyait l’acquittement de Flash sur fond de vigilantisme (« Welcome to vigilante, 80’s so don’t you ask me (…) » écrivait le rappeur Kendrick Lamar dans son morceau Ronald Reagan Era) dans un procès qui aura duré en temps réel 2 ans (dont Bates porte la référence au détour d’un dialogue), Central City ne découvrirait plus jamais le passage écarlate de son super-héros dans ses rues. Echappé dans le futur, Flash retrouvait les parents d’Iris Allen et reconstruisait son bonheur aux côtés de son… ex-défunte épouse, Cary Bates réintroduisant ainsi l’idée de John Broome qui tenait sur cette notion d’une Iris Allen, en réalité née au XXXè siècle. A une magique dernière planche de Carmine Infantino chargée d’émotions, Cary Bates écrivait ces dialogues prononcés par les parents d’Iris :

– Oh Eric. If only they knew… He knew… What was coming. It’s not fair that their happiness should be so fleeting…
– Quiet, woman. It is the will of fate… And beyond our control.

Un mois après la parution du dernier épisode de The Flash, le numéro 8 de Crisis On Infinite Earths envoyait au cimetière des super-héros l’homme le plus rapide du monde.

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Dans la vie de Miles Cullen (Elliot Gould), c’est l’encéphalogramme plat. Employé de banque d’un établissement niché dans un centre commercial de Toronto, vieux garçon à la vie sociale dissolue, on ne lui connaît aucune aventure ou relation amoureuse, sauf à entretenir une passion pour… les poissons exotiques.
Un jour, tandis que semble se profiler une journée classique de travail, il tombe sur un étrange message inscrit sur le volet d’une remise de chèque : « The thing in my pocket is a gun. Give me all the cash ». Très vite, il comprend qu’un hold-up va avoir lieu et relève l’étrange comportement d’un individu déguisé en père-Noël. Pourtant, Cullen décide de ne pas avertir les autorités et, le lendemain, alors qu’une grosse somme d’argent vient d’être déposée en banque, c’est le père noël gangster en personne, cette fois-ci, qui lui tend la sommation. Mais au lieu de lui remettre la totalité de la caisse, Cullen n’abandonne que la somme de 2 000 dollars, avant de donner l’alarme.
Prenant la fuite, puis apprenant aux infos que le montant du butin dérobé s’élève à 50 000 billets verts, le braqueur, Harry Reikle (Christopher Plummer), un psychopathe aux tendances sadomasochistes, saisit qu’il vient de se faire piéger par Cullen, désormais nouvelle vedette locale…

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Premier film produit par les futurs patrons du cinéma d’action, Mario Kassar et Andrew Vajna, écrit par un Curtis Hanson alors âgé d’un peu plus de 30 ans, et réalisé par un spécialiste de la série TV, Darryl Duke (Les Oiseaux Se cachent Pour Mourir… et oui!), The Silent Partner est un de ces thrillers articulé autour du schéma classique d’un drôle d’événement irruptionnant dans la vie d’un anonyme discret, et que les conséquences pousseront à sortir de sa carapace.
A l’ordinaire d’un pitch souvent mis à l’épreuve au cinéma, Curtis Hanson, plutôt que de s’en tenir à la compartimentation du genre de son histoire autour des deux acteurs principaux du film, développait toute une galerie de seconds rôles évoluant au milieu d’un jeu de tromperie auquel s’adonnait Elliot Gould et Christopher Plummer, intensifiant et entrecroisant leur rapport, bien au-delà de la relation d’argent entretenu par les deux hommes.
C’est d’ailleurs avec ce modèle de scénario et de conduite de récit qu’est The Silent Partner que l’on saisit mieux la réussite produite par Hanson depuis le roman de James Ellroy*, avec L.A. Confidential, 20 années plus tard.

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Au privilège de tenir entre ses mains un excellent scénario, Daryl Duke ne manquait pas d’y jeter son objectif sous son dévolu, à l’aise dans tous les axes de l’histoire (l’introduction de la love affair entre Elliott Gould et la très jolie Celine Lomez), et animé par un sens certain du tempi pour rythmer une tension bien nourrie avec action nerveuse (mettant d’ailleurs souvent à l’honneur un Christopher Plummer comme vous ne l’aurez sans doute jamais vu, au cinéma).

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Pas non plus à court de ces petits mouvements de caméra qui draguaient le spectateur au bon moment (peut être vous surprendrez-vous aussi à lâcher un « Putain, c’est génial ! », sur ce zoom progressif sur le visage d’Elliot Gould, où semblait se confondre mille question au milieu de l’effervescence de son lieu de travail, avant qu’il ne prenne le courage de tromper Christopher Plummer), et jouant des mécanismes du suspense avec adresse (le jeu de poker menteur est au coeur de la relation de tous les personnages du film), Daryl Duke, pour une première au cinéma, réalisait avec The Silent Partner, une bien belle sensation qui n’avait rien d’un exercice de style.

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Un plan qui se déroulait sans accroc, en somme.

*The Silent Partner était d’ailleurs inspiré d’un roman danois intitulé « Think Of A Number ».

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Je vous vois venir. Même dans les comics, les clichés ont décidément la dent dure, alors parce qu’il serait dommage de snober des personnages qui sous leur aspect « cartoonesque » développait des histoires aussi solides que les super-héros dont ils étaient la déclinaison animalière, retour sur une création née de l’imagination de Roy Thomas et dessinée par Scott Shaw dans les années 80 : Captain Carrot And His Amazing Zoo Crew!
Cette série, dont les personnages apparurent pour la première fois dans un épisode pilote publié dans The New Teen Titans#16 avant de bénéficier quelques mois plus tard de son propre mensuel, allait ainsi perpétuer une certaine tradition des éditeurs de comics pour les personnages de cartoon mangés à la sauce des super-héros, apparue dès les années 40 avec Mighty Mouse.

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Cette petite souris surpuissante affublé des mêmes couleurs que son modèle Kryptonien (avant de virer à la tunique jaune et rouge), s’installa dans les foyers Américains par l’intermédiaire d’un dessin animé (qui fut d’ailleurs diffusé chez nous vers la fin des 70’s) avant de finir dans les pages d’une série régulière éditée par Timely Comics. Profitant de l’engouement du public pour les petites bestioles à costume, d’autres éditeurs emboîtèrent rapidement le pas à Timely Comics, comme Fawcett Comics qui livra, avec Hoppy The Marvel Bunny, un décalque léporidé de Shazam, ou encore Archie Comics qui offrit à ses lecteurs Super Duck, un canard au coup de crayon quasi-identique au Donald Duck de chez Disney, et qui devait ses super-pouvoirs à l’absorption de vitamines.
De son côté, DC Comics attendit l’été 44 pour publier dans Funny Stuff les aventures de The Terrific Whatsit, une tortue dotée de super-vitesse au look du Flash de la JSA et dessiné par Martin Naydel, qui officiait également à la même époque sur deux titres de… Flash!
Deux ans plus tard, cette accointance avec le monde des super-héros de cartoon et celui des surhommes de chez DC, allait prendre un virage insoupçonné et anticipatif sur le DCverse et ses mondes alternatifs…

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En août 1946, un épisode de la JSA paru dans All Star Comics#30 allait opposer ses membres à Brain Wave, un super vilain capable de distordre la réalité et de provoquer des illusions.
Dans cet épisode, Flash, dont l’intermède était dessiné par Martin Naydel himself, allait se retrouver propulser dans un monde peuplé d’animaux de cartoon, similaire à celui crayonné dans Funny Stuff par son auteur, précédent en quelque sorte d’une quarantaine d’années Terre-C et le premier épisode de Captain Carrot And His Amazing Zoo Crew! introduisant Superman. Fortement inspiré par cette histoire et très imprégné par l’humour de chez MAD, Roy Thomas allait, dès lors, définir les contours de Captain Carrot au tout des début des 80’s.
Alors qu’il travaillait à l’écriture du numéro 34 de DC Comics Presents qui vit la réapparition de Hoppy The Marvel Bunny, Thomas associé à Gerry Conway, planchèrent sur l’idée d’une version animalière de la JLA qu’ils appelèrent Super Squirrel And The Just’ a Lotta Animal.

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Si pour d’obscurs raisons le projet fit long feu (on a parlé d’un problème de droits lié aux personnages originaux de la JLA, notamment pour Superman et Batman), le pitch, lui, fit son chemin dans les couloirs de la direction de DC pour que Jenette Kahn, l’éditrice d’alors, propose aux deux hommes de conserver le concept en évitant toutefois d’y reproduire les héros de la JLA. Regonflés à bloc, Roy Thomas et Gerry Conway travaillèrent sur une nouvelle mouture de leurs fantasques personnages dont ils proposèrent la mise en image à leur ami Scott Shaw, transfuge de chez Hanna-Barbera.
C’est ainsi, que de la même manière qu’il existait une Terre-S, Prime ou X, Terre-C (C pour.. cartoon évidemment!) allait accueillir l’univers créé par les trois hommes.

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Afin de bénéficier d’une audience certaine, le premier épisode de Captain Carrot & His Amazing Zoo Crew! (le point d’exclamation fut rajouté sur l’insistance de Dick Giordano !) fut donc publié en 1982 dans le numéro 16 de The New Teen Titans, et racontait comment Superman (dessiné par Ross Andru), à la suite d’étranges événements se déroulant à Metropolis (ses habitants régressaient subitement à l’état de primate), se retrouva sur Terre-C après avoir détruit le météorite à l’origine du mal sur Terre-1. Dans cet univers et cet épisode preview, l’homme d’acier fit donc la connaissance de Roger Rabbit* et de son alter-ego costumé Captain Carrot, avant de déjouer au côté d’autres supers-animaux, une machination orchestrée par Starro, un vieil ennemi de la JLA. Le Zoo Crew, composé de Captain Carrot, Rubberduck, Fastback, Alley-Kat-Abra, Yankee Poddle et Pig-Iron, était donc né et allait, 20 numéros durant, vivre des aventures aussi considératives et rythmées que celles des personnages du DCverse « normal « .

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Bien que Roy Thomas ne contribua à l’écriture du titre que sur onze numéros, la série subira peu les conséquences de son départ d’une part parce que ce dernier restera toujours très proche de l’équipe créative (Scott Shaw restant aux commandes) et de l’autre, parce que l’intégralité du titre, plus qu’un pastiche animalier des héros de chez DC que laisse supposer son pitch et ses images, intégrait avec brio toutes les composantes du comics de super-héros, en plus de déclarer un évident et formidable hommage aux films de monstres.
S’il y’avait d’ailleurs une poignée d’épisodes à retenir, on relèvera tout particulièrement celui de « The Macabre Menace Of The Mammal Called Armordillo » dans lequel apparaissait une mystérieuse organisation A.C.R.O.S.T.I.C. (et où le blues de Pig-Iron faisaient indubitablement penser à celui de La Chose et ce puissant épisodes des 4 Fantastiques « This Man… This Monster! ») ; « The Secret of Easter Bunny Island! » dans lequel apparaissait Oklahoma Bones Jr, fils d’un célèbre archéologue qui vous rappellera forcément quelqu’un; « The Bunny From Beyond » où nos héros allaient affronter une puissante menace extra-terrestre ; « Time Varmints » publié dans le numéro 9 et inspiré quelque peu par celui paru dans All Star Comics#30, dans lequel Fastback matérialisé en pleine Seconde Guerre Mondiale allait rencontrer Whatsit (qui s’avèrera être son… oncle !) ; « Crisis On Earth-C » et « Crisis On Earth-C Minus » dans les numéros 14 et 15 dans lesquelles la petite histoire rencontrait la grande, et allait associer, dans de géniaux épisodes, la création avortée de Roy Thomas et Gerry Conway, The Just’a Lotta Animals, à Captain Carrot et son équipe!!!
Une JLA (pour Just’a Lotta Animals, bien sûr) par ailleurs dessiné par Roger Rabbit alias Captain Carrot, dans le civil !

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Bourré d’action, référentiel mais digeste, efficace, drôle, il va s’en dire qu’il apparaît urgent de vous jeter rapidement sur les aventures du Zoo Crew de Roy Thomas et Scott Shaw. Zoo Crew qui fit par ailleurs une dernière apparition, anecdotique celle-là, en 2007 dans une mini-série de 3 numéros intitulée Captain Carrot And the Final Ark!
Mais au fait, et la concurrence dans tout ça ? Si chez Eclipse Comics on publia le premier numéro de The Destroyer Duck en Mai 1982 (soit quelques mois après celui de Captain Carrot And His Amazing Zoo Crew!) sous la plume conjointe de Steve Gerber et du King (jack KirbyJ, à Marvel, l’on attendit plus d’un an pour diffuser, avec panache, les aventures de Peter Porker, The Spectacular Spider-Ham.
Mais ceci est une autre histoire…

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*Afin d’éviter l’imbroglio juridique avec Disney suite à la sortie de Qui Veut La Peau De Roger Rabbit ? et ainsi éviter la suspension du titre, « Roger Rabbit » fut renommé « Rodney Rabbit » dès le numéro #7.