Articles Tagués ‘caper movie’

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Dans la vie de Miles Cullen (Elliot Gould), c’est l’encéphalogramme plat. Employé de banque d’un établissement niché dans un centre commercial de Toronto, vieux garçon à la vie sociale dissolue, on ne lui connaît aucune aventure ou relation amoureuse, sauf à entretenir une passion pour… les poissons exotiques.
Un jour, tandis que semble se profiler une journée classique de travail, il tombe sur un étrange message inscrit sur le volet d’une remise de chèque : « The thing in my pocket is a gun. Give me all the cash ». Très vite, il comprend qu’un hold-up va avoir lieu et relève l’étrange comportement d’un individu déguisé en père-Noël. Pourtant, Cullen décide de ne pas avertir les autorités et, le lendemain, alors qu’une grosse somme d’argent vient d’être déposée en banque, c’est le père noël gangster en personne, cette fois-ci, qui lui tend la sommation. Mais au lieu de lui remettre la totalité de la caisse, Cullen n’abandonne que la somme de 2 000 dollars, avant de donner l’alarme.
Prenant la fuite, puis apprenant aux infos que le montant du butin dérobé s’élève à 50 000 billets verts, le braqueur, Harry Reikle (Christopher Plummer), un psychopathe aux tendances sadomasochistes, saisit qu’il vient de se faire piéger par Cullen, désormais nouvelle vedette locale…

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Premier film produit par les futurs patrons du cinéma d’action, Mario Kassar et Andrew Vajna, écrit par un Curtis Hanson alors âgé d’un peu plus de 30 ans, et réalisé par un spécialiste de la série TV, Darryl Duke (Les Oiseaux Se cachent Pour Mourir… et oui!), The Silent Partner est un de ces thrillers articulé autour du schéma classique d’un drôle d’événement irruptionnant dans la vie d’un anonyme discret, et que les conséquences pousseront à sortir de sa carapace.
A l’ordinaire d’un pitch souvent mis à l’épreuve au cinéma, Curtis Hanson, plutôt que de s’en tenir à la compartimentation du genre de son histoire autour des deux acteurs principaux du film, développait toute une galerie de seconds rôles évoluant au milieu d’un jeu de tromperie auquel s’adonnait Elliot Gould et Christopher Plummer, intensifiant et entrecroisant leur rapport, bien au-delà de la relation d’argent entretenu par les deux hommes.
C’est d’ailleurs avec ce modèle de scénario et de conduite de récit qu’est The Silent Partner que l’on saisit mieux la réussite produite par Hanson depuis le roman de James Ellroy*, avec L.A. Confidential, 20 années plus tard.

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Au privilège de tenir entre ses mains un excellent scénario, Daryl Duke ne manquait pas d’y jeter son objectif sous son dévolu, à l’aise dans tous les axes de l’histoire (l’introduction de la love affair entre Elliott Gould et la très jolie Celine Lomez), et animé par un sens certain du tempi pour rythmer une tension bien nourrie avec action nerveuse (mettant d’ailleurs souvent à l’honneur un Christopher Plummer comme vous ne l’aurez sans doute jamais vu, au cinéma).

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Pas non plus à court de ces petits mouvements de caméra qui draguaient le spectateur au bon moment (peut être vous surprendrez-vous aussi à lâcher un « Putain, c’est génial ! », sur ce zoom progressif sur le visage d’Elliot Gould, où semblait se confondre mille question au milieu de l’effervescence de son lieu de travail, avant qu’il ne prenne le courage de tromper Christopher Plummer), et jouant des mécanismes du suspense avec adresse (le jeu de poker menteur est au coeur de la relation de tous les personnages du film), Daryl Duke, pour une première au cinéma, réalisait avec The Silent Partner, une bien belle sensation qui n’avait rien d’un exercice de style.

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Un plan qui se déroulait sans accroc, en somme.

*The Silent Partner était d’ailleurs inspiré d’un roman danois intitulé « Think Of A Number ».

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Très justement associé au genre du caper movie, l’addition d’acteurs -puant à des kilomètres le bitume- tels que Jim Brown, Ernest Borgnine, Warren Oates, Donald Sutherland ou Gene Hackman, avait largement de quoi prétendre affilier tout simplement ce film, réalisé par Gordon Flemyng en 1968, à la catégorie du polar.
D’autant que The Split mettait en scène le personnage principal des romans de Donald E. Westlake (sous le pseudo de Richard Stark) passé à la postérité au cinéma sous la direction de John Boorman dans Point Blank : Parker*.

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De cette histoire de braquage se déroulant lors de la finale du championnat NFL, ressortait que la figure inventée par Donald E. Westlake allait audacieusement, pour le grand écran, prendre les traits de Jim Brown, habitué des seconds rôles musclés (Destination Zebra ; Les Douze Salopards) et avatar black & proud du très lisse Sydney Poitier, jugeant ainsi du caractère pour le moins culotté de l’entreprise initié par les producteurs du film, en cette fin des années 60.
Sur les hauteurs de la ville Los Angeles dans laquelle se déroulait l’action du film, il y’avait donc quelques chose d’étonnamment progressiste à voir déambuler l’imposante carcasse de Jim Brown, dans le rôle titre et dans un film qui n’avait rien d’une blaxploitation (le genre balbutiait à peine ses premières pelloches), à travers les rues d’une ville encore secoué par les événements de Watts (on ne voyait d’ailleurs jamais la partie underground de L.A. dans le film).

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Typique à ces années 60 et de l’économie de moyens recherchée par Hollywood à cette période, cette adaptation du roman de Donald Westlake (« The Seventh ») fut confiée à cette nouvelle génération de réalisateur issus de la télévision dont provenait Gordon Flemyng qui s’illustra notamment sur une série comme Chapeau Melon et… et au cinéma avec … Dr Who Contre Les Daleks.
S’il faudra évidemment regretter qu’on ne colla pas à la tâche un Lumet ou un Frankenheimer, il n’en reste pas moins que Flemyng maîtrisait techniquement son sujet et brossait, parfois avec humour, souvent avec efficacité et concision, les contours psychologiques de ces personnages.
Nous n’étions pas encore dans l’étude de caractère de Quand La Ville Dort de Huston, classique du film de casse mais, du recrutement des hommes par Jim Brown (dont un succulent face à face musclé avec Ernest Borgnine) à l’exécution du coup en passant par sa préparation, tout y était si solidement huilé et rythmé qu’il était difficile de ne pas tomber sous le charme de la méthode Flemyng, accompagné par une merveille de bande-son composée par Quincy Jones.

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A la manière de Le Coup De L’Ecalier (avec cette même punition que pour Quand La Ville Dort, c’est-à-dire sans en atteindre les qualités cinématographiques), le hold-up de The Split offrait un contrepoint idéal à l’évocation du racisme latent chez les personnages du film (il n’y guère que Warren Oates en début de métrage qui affiche clairement ses préjugés racistes) dès lors que le butin avait disparu, faisant basculer les uns dans une crise exutoire (Borgnine – Oates – Klugman – Sutherland) et les autres, ou plutôt l’autre, dans le récit de vengeance (Jim Brown).
On retrouvait d’ailleurs là, la drôle de psychologie du personnage créé par Donald Westlake, seulement motivé par l’idée de récupérer sa part du braquage (alors que lui est offerte la possibilité de partir avec le tout) et de venger la mort de sa petite amie.

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Contenant, comme dans tout bon film de casse, cet attrait pour l’imprévu d’où jaillissait parfois de truculents (le rôle d’arroseur arrosé que se paiera le groupe de braqueurs à l’apparition du personnage de flic interprété par Gene Hackman) ou dramatiques (le meurtre sauvage de la girl friend de Jim Brown) contre-pieds, The Split ne prenait finalement ses distances avec le genre qu’en ne rendant pas plus sympathique ses personnages (même si j’imagine que chacun d’entre vous éprouveront de l’empathie pour Jim Brown, Borgnine ou Sutherland), ou ne rendant pas plus tragique, la sentence prononcé en fin de film, contrebalançant avec le pourtant excellent titre Français : Le Crime, C’est Notre Business.

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* Pour lequel, de Point Blank à Payback en passant par The Split, le nom n’était jamais le même au cinéma