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Réalisé en 1973 par John Flynn depuis le bouquin éponyme de Donald E. Westlake, The Outfit (Echec A L’Organisation chez nous) impliquait l’acteur Robert Duvall et son personnage Earl Macklin, dans une histoire de vengeance contre l’Organisation après que son frère soit tombé sous les balles de tueurs que cette dernière commandita.
Avec l’aide d’un vieux partenaire de braquages, Cody (Joe Don Baker), Macklin allait réclamer au chef de l’Organisation, Mailer (Robert Ryan), 250 000 dollars pour être quitte du meurtre de son frère…

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Normal qu’à la maison vous percutiez sur ce bref résumé, l’histoire de Donald E.Westlake dont s’inspirait le scénario n’étant autre qu’une énième variation de son personnage de roman, Parker (devenu pour le film Earl Macklin), autour duquel était bien évidemment conservé cette formule interchangeable –mais ô combien efficace- du perdant obstiné.
Tombé pour avoir braqué une banque dont le propriétaire n’était autre que l’Organisation (ou… une histoire américaine du trust mafieux), l’absurdité de la marginalité du personnage de Earl Macklin, qui s’en allait pourtant combattre un système criminel qui ne disait pas son nom (et c’est presque le discours de François Hollande, un jour désormais célèbre de janvier en meeting au Bourget!), était dilué dans le générique du film avec la mise en image de sa sortie de prison, et renvoyait directement à un autre grand film évoquant l’ironie d’un homme en bordure du système affrontant sa corruption : Guet-Apens.

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L’on dira même que la permanence des thèmes et des personnages des deux films alignait son mimétisme jusque dans cette histoire de couple, incarné dans The Outfit par Karen Black et Robert Duvall, mis en péril par les événements. Voire, jusque dans le dérapage d’une scène romantique désarçonnante en regard des coups portés (au propre comme au figuré !) par le scénario à l’égard de Karen Black, et d’une manière générale à la femme dans ce film.

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C’est d’ailleurs sur ce point que s’interrompait la comparaison avec Sam Peckinpah, puisque chez John Flynn, conformément aux romans de Westlake qui introduisait le personnage de Parker (ce que le scénario de Guet-Apens ne fit pas avec le livre de Jim Thompson), le sexe faible l’était vraiment, en plus de figurer au rang de garce ou menteuse (parfois les deux à la fois : géniale séquence entre Joe Don Baker et Sheree North). Pour être juste, accordons toutefois aux femmes chez Westlake, et donc dans The Outfit, d’être capable d’égratigner –ne serait-ce même qu’une seconde- la virilité du monde misogyne parcouru par Parker.
Chez John Flynn, Parker -ou plutôt Macklin- n’agissait plus seul, et l’histoire associait à un acteur dont le visage ne quittait alors plus le film policier de ce début des 70’s, Robert Duvall, une autre figure marquante du cinéma de genre des seventies, Joe Don Baker.

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Quelle scène, mue par un climat électrique introduisait l’acteur et son personnage face à deux hommes de main venus le liquider, que seule une musique country diffusée dans le bar où se déroulait l’action, tentait d’en apaiser la prodigieuse tension.
Un petit must dans le genre et un modèle de proto-scène dont le cinéma d’action allait se repaître.

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Entre Duvall et Don Baker, l’entente était donc parfaite, brutale ou inspirée, et dans un contexte abstrait (une ville qui ne dit pas son nom ; une organisation à propos de laquelle il n’est jamais prononcé le mot « mafia » ; des gangsters qui prennent les traits de la police…), les deux hommes étaient les seules figures humaines -au sens noble du terme- du film face à l’une des têtes de l’hydre incarné par un vieillissant mais non moins excellent Robert Ryan.
Et quand le final du film se concluait dans un bain de sang, il restait les rires de nos héros pour rappeler que le crime tiré à quatre épingles ne payait pas.

Pas toujours…

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Très justement associé au genre du caper movie, l’addition d’acteurs -puant à des kilomètres le bitume- tels que Jim Brown, Ernest Borgnine, Warren Oates, Donald Sutherland ou Gene Hackman, avait largement de quoi prétendre affilier tout simplement ce film, réalisé par Gordon Flemyng en 1968, à la catégorie du polar.
D’autant que The Split mettait en scène le personnage principal des romans de Donald E. Westlake (sous le pseudo de Richard Stark) passé à la postérité au cinéma sous la direction de John Boorman dans Point Blank : Parker*.

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De cette histoire de braquage se déroulant lors de la finale du championnat NFL, ressortait que la figure inventée par Donald E. Westlake allait audacieusement, pour le grand écran, prendre les traits de Jim Brown, habitué des seconds rôles musclés (Destination Zebra ; Les Douze Salopards) et avatar black & proud du très lisse Sydney Poitier, jugeant ainsi du caractère pour le moins culotté de l’entreprise initié par les producteurs du film, en cette fin des années 60.
Sur les hauteurs de la ville Los Angeles dans laquelle se déroulait l’action du film, il y’avait donc quelques chose d’étonnamment progressiste à voir déambuler l’imposante carcasse de Jim Brown, dans le rôle titre et dans un film qui n’avait rien d’une blaxploitation (le genre balbutiait à peine ses premières pelloches), à travers les rues d’une ville encore secoué par les événements de Watts (on ne voyait d’ailleurs jamais la partie underground de L.A. dans le film).

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Typique à ces années 60 et de l’économie de moyens recherchée par Hollywood à cette période, cette adaptation du roman de Donald Westlake (« The Seventh ») fut confiée à cette nouvelle génération de réalisateur issus de la télévision dont provenait Gordon Flemyng qui s’illustra notamment sur une série comme Chapeau Melon et… et au cinéma avec … Dr Who Contre Les Daleks.
S’il faudra évidemment regretter qu’on ne colla pas à la tâche un Lumet ou un Frankenheimer, il n’en reste pas moins que Flemyng maîtrisait techniquement son sujet et brossait, parfois avec humour, souvent avec efficacité et concision, les contours psychologiques de ces personnages.
Nous n’étions pas encore dans l’étude de caractère de Quand La Ville Dort de Huston, classique du film de casse mais, du recrutement des hommes par Jim Brown (dont un succulent face à face musclé avec Ernest Borgnine) à l’exécution du coup en passant par sa préparation, tout y était si solidement huilé et rythmé qu’il était difficile de ne pas tomber sous le charme de la méthode Flemyng, accompagné par une merveille de bande-son composée par Quincy Jones.

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A la manière de Le Coup De L’Ecalier (avec cette même punition que pour Quand La Ville Dort, c’est-à-dire sans en atteindre les qualités cinématographiques), le hold-up de The Split offrait un contrepoint idéal à l’évocation du racisme latent chez les personnages du film (il n’y guère que Warren Oates en début de métrage qui affiche clairement ses préjugés racistes) dès lors que le butin avait disparu, faisant basculer les uns dans une crise exutoire (Borgnine – Oates – Klugman – Sutherland) et les autres, ou plutôt l’autre, dans le récit de vengeance (Jim Brown).
On retrouvait d’ailleurs là, la drôle de psychologie du personnage créé par Donald Westlake, seulement motivé par l’idée de récupérer sa part du braquage (alors que lui est offerte la possibilité de partir avec le tout) et de venger la mort de sa petite amie.

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Contenant, comme dans tout bon film de casse, cet attrait pour l’imprévu d’où jaillissait parfois de truculents (le rôle d’arroseur arrosé que se paiera le groupe de braqueurs à l’apparition du personnage de flic interprété par Gene Hackman) ou dramatiques (le meurtre sauvage de la girl friend de Jim Brown) contre-pieds, The Split ne prenait finalement ses distances avec le genre qu’en ne rendant pas plus sympathique ses personnages (même si j’imagine que chacun d’entre vous éprouveront de l’empathie pour Jim Brown, Borgnine ou Sutherland), ou ne rendant pas plus tragique, la sentence prononcé en fin de film, contrebalançant avec le pourtant excellent titre Français : Le Crime, C’est Notre Business.

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* Pour lequel, de Point Blank à Payback en passant par The Split, le nom n’était jamais le même au cinéma

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L’histoire : A la suite d’un braquage, Porter (Mel Gibson) est trahi par sa femme (Deborah Unger) et son associé (Gregg Henry). Laissé pour mort, Porter s’en sort miraculeusement et n’a qu’une obsession en tête : récupérer son argent…

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En 1967, le réalisateur John Boorman qui n’avait jusqu’à lors tourné qu’une comédie somme toute mineure (Catch Us If You Can), allait bouleverser certains codes cinématographiques de l’époque en adaptant une œuvre du romancier Donald E. Westlake dans un film intitulé Point Blank. Avec Lee Marvin dans le rôle principal, Boorman réinventa une certaine idée du polar par le biais d’une mise en scène pour le moins originale et au style impressionnant de férocité, qui influencera bon nombre de films par la suite.
35 ans plus tard, sous l’impulsion de la société de production de Mel Gibson (Icon) le remake de Point Blank déboulait dans les salles : Payback.

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Pour Mel Gibson, remaker le film de Boorman en s’appropriant le rôle titre est une grosse occasion de mettre à mal cette image de héros modèle et moderne qu’il se traîne depuis quelques films. Enthousiasmé par l’ébauche de scénario de son auteur, Gibson demande à Brian Helgeland (pas encore auréolé de son oscar pour L.A. Confidential) de rendre une copie propre avec la promesse qu’il y interprétera le rôle principal, en plus de lui laisser les clés de la réalisation. De Point Blank, Helgeland ne conservera que le pitch de départ, transformant par ailleurs le nom du personnage interprété par Lee Marvin – Walker – en Porter. Mais, ne négligeant pas sa position dominante en tant que distributeur du film, la Warner imposa son droit de regard sur le montage final. « Et là, c’est le drame »

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Désireuse de voir un film dans lequel son acteur principal reprendrait le simili rôle de Riggs, la Warner ne manque pas de s’étrangler à la vision, violente, du film de Brian Helgeland.
Furieuse, elle impose le reshoot de certaines séquences, un bad-guy supplémentaire (il s’agira en fait du rôle tenu par Kris Kristofferson) ainsi que le rajout de nouvelles scènes, jugeant le film trop court (et pourtant, la version ciné ne dure que…97mn!). Helgeland, refusant de se soumettre aux exigences du studio et ne recevant que peu d’appui de la part de Mel Gibson, quitte la production (la bande-annonce fut d’ailleurs représentative de ce qu’à voulut faire le studio, du film).
C’est Terry Hayes (Mad Max 2) qui co-écrira lesdites scènes, et alors que beaucoup s’accorde à prétendre que ces séquences furent tournées par Mel Gibson lui-même, ce dernier dévoilà il y’a quelques années que celui qui remplaça Helgeland derrière la caméra n’était autre que John Myhre (production-designer sur X-Men).

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Malgré cela, Payback n’en demeure pas moins un polar âpre et violent, rehaussé très intelligemment par une photo au teint grisâtre comme une forme d’hommage aux œuvres noirs de l’époque (tout l’inverse donc du film de Boorman, au style visuel si caractéristique). Avec une pincée de Peckinpah (Guet-Apens), un peu de Walter Hill (Driver) et un soupçon de Don Siegel (Dirty Harry), Payback ressuscitait trois réalisateurs (encore que Walter Hill soit encore de ce monde!) ayant étalé leur machisme à l’écran. Sous ses allures de jeu-vidéo (dans le film, chaque boss rencontré est toujours un peu plus fort), l’univers de Payback était foncièrement méchant, ne s’embarrassait d’aucune morale et ne contenait aucun héros. Porté par l’interprétation de Mel Gibson dans un rôle de Terminator badass qui lui allait comme un gant, Payback démontrait surtout, qu’au nom du sacro Saint-Fun (puisque c’est la constante aujourd’hui afin de justifier les navets qu’on nous trimballe à l’écran) l’on pouvait faire un film décérébré sans sacrifier tout le plaisir qu’était censé procurer un film au cinéma.