Articles Tagués ‘polar’

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Co-fondateur, dans le milieu des années 80 aux côtés d’un certain Leonard Shapiro, de Shapiro-Glickenhaus Entertainment, James Glickenhaus mettait à sa disposition un solide budget pour attaquer son quatrième film, et s’offrait le luxe de débaucher un baroudeur du cinéma US comme Sam Elliott mais, surtout, Peter Weller, alors fraîchement sorti de son succès et rôle de Murphy dans Robocop. Faiseur de série B ayant passé au crible des sujets aussi divers et variés que ceux ayant traversé The Exterminator, Le Soldat ou Le Retour Du Chinois, James Glickenhaus, en cette fin des années 80, associait ses deux stars à l’affiche d’un buddy-movie ayant pour toile de fond la corruption policière.

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Chargé de prouver l’innocence d’un dealer invoquant l’état de légitime défense suite au meurtre d’un policier de New-York, la piste de l’enquête menée par l’avocat Roland Dalton (Peter Weller) révélait que la victime n’était autre qu’un « blue jean cop » : sobriquet donné à des policiers véreux, organisés autour d’un système de racket des dealers.
Associé à Richie Marks (Sam Elliott), un flic des narcotiques aux méthodes borderline, Dalton plongeait dans les arcanes de la nuit New-Yorkaise et découvrait un monde mafieux dirigé par les « blue jean cop » et un petit baron de la drogue, Nicky Carr (Antonio Fargas)…

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De mémoire, depuis l’association du buddy-movie avec celui du polar urbain, c’était la première fois que le genre rompait avec la routine de son archétype (duo porteurs de badge ou binôme truand/flic) pour se faire cohabiter la matière grise (Peter Weller) avec les muscles (Sam Elliott), et de façon truculente prendre à revers l’idéologie courante de la décennie Reaganienne, en faisant de Peter Weller un jeune avocat blanc commis à l’aide judiciaire, bien décidé à faire tomber une partie de la police New-Yorkaise et innocenter un dealer de drogue, noir de surcroît. A charge de Sam Elliot (excellent), d’incarner l’Amérique du déclin, marginale, paupérisé.

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Derrière cette représentation plutôt à contre-courant des héros de buddy-movie des 80’s, James Glickenhaus profitait de l’épaisseur de son enveloppe budgétaire pour livrer quelques séquences spectaculaires, dont un morceaux de bravoure bien nerveux en plein New-York, qui débutait par l’électrocution d’un témoin gênant dans un club SM, et finissait par la sortie de route explosive d’une voiture de police après une course-poursuite en bécane (d’où jaillissaient des plans de doublures foireuses de Weller et Elliott). Au milieu, un grand noir au physique d’armoire à glace dessoudait, en toute gratuité, au pistolet-mitrailleur, des badauds amassés sur la 42nd.

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Inspiré dans la façon de filmer Big Apple, avec ce gimmick d’étaler un maximum de titre de séries B à l’affiche de ses cinémas (idée déjà à l’honneur dans certains plans de The Exterminator), et toujours à l’aise pour balader sa caméra dans des quartiers crapoteux, il n’y avait que le final déconnecté (et ses incrustations pourries) et pourtant si symptomatique de ce que pouvait illustrer de pire le genre, pour nous rappeler que les excès des années 90 n’était pas loin de cogner à la porte.

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Dans la vie de Miles Cullen (Elliot Gould), c’est l’encéphalogramme plat. Employé de banque d’un établissement niché dans un centre commercial de Toronto, vieux garçon à la vie sociale dissolue, on ne lui connaît aucune aventure ou relation amoureuse, sauf à entretenir une passion pour… les poissons exotiques.
Un jour, tandis que semble se profiler une journée classique de travail, il tombe sur un étrange message inscrit sur le volet d’une remise de chèque : « The thing in my pocket is a gun. Give me all the cash ». Très vite, il comprend qu’un hold-up va avoir lieu et relève l’étrange comportement d’un individu déguisé en père-Noël. Pourtant, Cullen décide de ne pas avertir les autorités et, le lendemain, alors qu’une grosse somme d’argent vient d’être déposée en banque, c’est le père noël gangster en personne, cette fois-ci, qui lui tend la sommation. Mais au lieu de lui remettre la totalité de la caisse, Cullen n’abandonne que la somme de 2 000 dollars, avant de donner l’alarme.
Prenant la fuite, puis apprenant aux infos que le montant du butin dérobé s’élève à 50 000 billets verts, le braqueur, Harry Reikle (Christopher Plummer), un psychopathe aux tendances sadomasochistes, saisit qu’il vient de se faire piéger par Cullen, désormais nouvelle vedette locale…

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Premier film produit par les futurs patrons du cinéma d’action, Mario Kassar et Andrew Vajna, écrit par un Curtis Hanson alors âgé d’un peu plus de 30 ans, et réalisé par un spécialiste de la série TV, Darryl Duke (Les Oiseaux Se cachent Pour Mourir… et oui!), The Silent Partner est un de ces thrillers articulé autour du schéma classique d’un drôle d’événement irruptionnant dans la vie d’un anonyme discret, et que les conséquences pousseront à sortir de sa carapace.
A l’ordinaire d’un pitch souvent mis à l’épreuve au cinéma, Curtis Hanson, plutôt que de s’en tenir à la compartimentation du genre de son histoire autour des deux acteurs principaux du film, développait toute une galerie de seconds rôles évoluant au milieu d’un jeu de tromperie auquel s’adonnait Elliot Gould et Christopher Plummer, intensifiant et entrecroisant leur rapport, bien au-delà de la relation d’argent entretenu par les deux hommes.
C’est d’ailleurs avec ce modèle de scénario et de conduite de récit qu’est The Silent Partner que l’on saisit mieux la réussite produite par Hanson depuis le roman de James Ellroy*, avec L.A. Confidential, 20 années plus tard.

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Au privilège de tenir entre ses mains un excellent scénario, Daryl Duke ne manquait pas d’y jeter son objectif sous son dévolu, à l’aise dans tous les axes de l’histoire (l’introduction de la love affair entre Elliott Gould et la très jolie Celine Lomez), et animé par un sens certain du tempi pour rythmer une tension bien nourrie avec action nerveuse (mettant d’ailleurs souvent à l’honneur un Christopher Plummer comme vous ne l’aurez sans doute jamais vu, au cinéma).

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Pas non plus à court de ces petits mouvements de caméra qui draguaient le spectateur au bon moment (peut être vous surprendrez-vous aussi à lâcher un « Putain, c’est génial ! », sur ce zoom progressif sur le visage d’Elliot Gould, où semblait se confondre mille question au milieu de l’effervescence de son lieu de travail, avant qu’il ne prenne le courage de tromper Christopher Plummer), et jouant des mécanismes du suspense avec adresse (le jeu de poker menteur est au coeur de la relation de tous les personnages du film), Daryl Duke, pour une première au cinéma, réalisait avec The Silent Partner, une bien belle sensation qui n’avait rien d’un exercice de style.

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Un plan qui se déroulait sans accroc, en somme.

*The Silent Partner était d’ailleurs inspiré d’un roman danois intitulé « Think Of A Number ».

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Réalisé en 1973 par John Flynn depuis le bouquin éponyme de Donald E. Westlake, The Outfit (Echec A L’Organisation chez nous) impliquait l’acteur Robert Duvall et son personnage Earl Macklin, dans une histoire de vengeance contre l’Organisation après que son frère soit tombé sous les balles de tueurs que cette dernière commandita.
Avec l’aide d’un vieux partenaire de braquages, Cody (Joe Don Baker), Macklin allait réclamer au chef de l’Organisation, Mailer (Robert Ryan), 250 000 dollars pour être quitte du meurtre de son frère…

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Normal qu’à la maison vous percutiez sur ce bref résumé, l’histoire de Donald E.Westlake dont s’inspirait le scénario n’étant autre qu’une énième variation de son personnage de roman, Parker (devenu pour le film Earl Macklin), autour duquel était bien évidemment conservé cette formule interchangeable –mais ô combien efficace- du perdant obstiné.
Tombé pour avoir braqué une banque dont le propriétaire n’était autre que l’Organisation (ou… une histoire américaine du trust mafieux), l’absurdité de la marginalité du personnage de Earl Macklin, qui s’en allait pourtant combattre un système criminel qui ne disait pas son nom (et c’est presque le discours de François Hollande, un jour désormais célèbre de janvier en meeting au Bourget!), était dilué dans le générique du film avec la mise en image de sa sortie de prison, et renvoyait directement à un autre grand film évoquant l’ironie d’un homme en bordure du système affrontant sa corruption : Guet-Apens.

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L’on dira même que la permanence des thèmes et des personnages des deux films alignait son mimétisme jusque dans cette histoire de couple, incarné dans The Outfit par Karen Black et Robert Duvall, mis en péril par les événements. Voire, jusque dans le dérapage d’une scène romantique désarçonnante en regard des coups portés (au propre comme au figuré !) par le scénario à l’égard de Karen Black, et d’une manière générale à la femme dans ce film.

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C’est d’ailleurs sur ce point que s’interrompait la comparaison avec Sam Peckinpah, puisque chez John Flynn, conformément aux romans de Westlake qui introduisait le personnage de Parker (ce que le scénario de Guet-Apens ne fit pas avec le livre de Jim Thompson), le sexe faible l’était vraiment, en plus de figurer au rang de garce ou menteuse (parfois les deux à la fois : géniale séquence entre Joe Don Baker et Sheree North). Pour être juste, accordons toutefois aux femmes chez Westlake, et donc dans The Outfit, d’être capable d’égratigner –ne serait-ce même qu’une seconde- la virilité du monde misogyne parcouru par Parker.
Chez John Flynn, Parker -ou plutôt Macklin- n’agissait plus seul, et l’histoire associait à un acteur dont le visage ne quittait alors plus le film policier de ce début des 70’s, Robert Duvall, une autre figure marquante du cinéma de genre des seventies, Joe Don Baker.

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Quelle scène, mue par un climat électrique introduisait l’acteur et son personnage face à deux hommes de main venus le liquider, que seule une musique country diffusée dans le bar où se déroulait l’action, tentait d’en apaiser la prodigieuse tension.
Un petit must dans le genre et un modèle de proto-scène dont le cinéma d’action allait se repaître.

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Entre Duvall et Don Baker, l’entente était donc parfaite, brutale ou inspirée, et dans un contexte abstrait (une ville qui ne dit pas son nom ; une organisation à propos de laquelle il n’est jamais prononcé le mot « mafia » ; des gangsters qui prennent les traits de la police…), les deux hommes étaient les seules figures humaines -au sens noble du terme- du film face à l’une des têtes de l’hydre incarné par un vieillissant mais non moins excellent Robert Ryan.
Et quand le final du film se concluait dans un bain de sang, il restait les rires de nos héros pour rappeler que le crime tiré à quatre épingles ne payait pas.

Pas toujours…

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Réalisé par l’australien Bruce Beresford (l’homme qui conquit les oscars avec… Miss Daisy Et Son Chauffeur!), l’action de Money Movers se déroule au pays des kangourous et prend pour cadre une société de convoyage dont le propriétaire, Lionel Darcy (Frank Wilson), est victime d’une lettre anonyme annonçant le hold-up prochain d’un convoyage de 20 millions de dollars.
Pour Eric Jackson (Terence Donovan, on fire), le chef de la sécurité de la société de Darcy, c’est un coup dur : voilà des mois qu’il projetait avec son frère (Bryan Brown) et un autre collègue de braquer le convoi.
Si les trois hommes décident de ne rien modifier à leur plan, celui-ci va malgré tout prendre une tournure à laquelle ils n’avaient pas songé…

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Et là, je fais court. Parce que derrière son statut prétendument ingrat de film d’exploitation, ce qui frappe dans Money Movers, c’est la richesse certaine d’un scénario dont les lignes ne se contentait pas uniquement d’assurer le minimum autour du canevas schématique du genre, mais élaborait, au travers d’une galerie de personnages dépouillé de tout symbole primitif, une narration syncrétique que la convergence des actions allait faire s’achever sur un orgasmique final barbare.
Ce qui rendait donc si foutrement prenant le film de Bruce Beresford, ce n’était pas plus l’élaboration du « coup » comme embryon caractéristique du caper-movie, que la nature des héros du film -révélée ou obscure- qui parfois même, laissait des interrogations terribles sous les yeux du spectateur. J’en veux pour exemple une action de la dernière séquence du film, qui semble bien émettre le lien entre la relation homosexuelle de David Griffiths (Hu Pryce) et Eric Jackson, dans la grande tradition du what if… .

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Si la cohabitation du prolongement psychologique des personnages avec le genre n’a rien de rédhibitoire en soi, elle peut aussi occuper la place d’une ambition risquée pour peu que le réalisateur perde en chemin la considération que son rôle est d’abord celui d’être un catalyseur de l’action. Bonne nouvelle, Bruce Beresford ne commettait pas l’impair de Ben Affleck (The Town), pour prendre un exemple récent de caper movie sacrifié.

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Lorsque était d’ailleurs invoquer la romantisation des rapports homme/femme (dans le film, les acteurs Tony Bonner et Candy Raymond), c’est hors-champ que murissait leur relation, et l’on ne devait le retour du couple à l’écran que pour… une histoire de cul. Jusqu’aux adieux des braqueurs à leurs proches, dilués dans le process narratif dans une courte séquence par un montage parallèle, c’était ainsi tout le modus operandi du film de braquage qui voyait ses cartes redistribuées de façon échevelée, avec ce leitmotiv qu’il fallait retenir l’attention passionnée du spectateur jusqu’au 20 dernières minutes d’un climax nourri à l’agressivité et l’efficacité de son montage (les plan alternant le sas et son absence de son, avec l’extérieur où rugissait une fusillade).

Outrageusement recommandable.