Archives de la catégorie ‘Action, Aventure’

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Du vide laissé par la CANNON au parcours bâtard de NU IMAGE vers MILENNIUM FILMS, PM ENTERTAINMENT (studio qui n’aura jamais aussi bien porté son appellation) aura durant les années 90 totalement satisfait le spectateur de la vidéo d’action ou celui en recherche d’émotions fortes et de testostérone le temps d’une soirée de merde (en solo, la bite à la main). Et parce que cette perspective guette parfois nos week-ends (la recherche d’émotions fortes et de testostérone, bien sûr), il est vivement conseillé de se jeter sur Rage, réalisé par Joseph Merhi, et qui raconte comment la vie sans histoire d’Alex Gainer (Gary Daniels), instituteur dans une école primaire, allait basculer dans une histoire mêlant sérum de super-soldat, trafic de clandestins, CIA et 4è pouvoir. Transformé en machine à tuer par l’Armée parce que jugé plus résistant que les précédents cobayes humains utilisés jusqu’alors, Gainer parvient, au terme d’un carnage, à prendre la fuite. Déterminé à faire éclater la vérité sur les agissements obscurs du gouvernement, Alex Gainer devient l’homme le plus recherché de Californie…

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Depuis les bases d’un scénario qui interpénétrait science-fiction, film de complot, satire des médias (une grande spécialité de la maison Pepin et Merhi, ici sous influence de Piège De Cristal) jusqu’à flirter avec les lignes du drame social en évoquant le problème des immigrés clandestins et les méthodes fascistes des autorités à leur égard (!), Rage ne donnait pas seulement l’impression que le rythme était fou sur le papier, à l’écran il appartenait aux séquences d’action d’imposer la structure du film, de ramener le spectateur à l’évidence d’un genre et de ridiculiser la ritournelle de 3 lettres héritée de la fin du marché vidéo à papa et du bouleversement du mode de production des majors. Emmené par une anthologique course poursuite (exemple canonique du savoir faire PM) se déroulant sur une autoroute et mettant en scène un Gary Daniels hors de contrôle à bord d’un poids-lourd qui dévastait tout sur son passage (avec en prime du clin d’oeil comme l’on en fait plus à Smokey & The Bandit!), Rage disposait pendant 1H30 de l’attention du spectateur, désormais sous contrôle, halluciné par l’exercice qui le conviait au fameux… stimulus physique.

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Malgré cette approche non-sensique du genre, Joseph Merhi ne cherchait aucun débordement dominé par l’ère du tout-vidéo clip dans sa réalisation, beaucoup plus dans l’efficacité hypertrophiée des enchainements de ses séquences d’action (la course poursuite qui en mettra plus d’un sur les rotules donc, mais aussi la longue séquence à base de SWAT et d’hélicoptère cherchant à dégommer Gary Daniels sur le toit d’un immeuble) à un final homérique se déroulant dans un centre commercial (avec pleins de jolis cascades) d’où surgissait la… stylisation du méchant qui clopait derrière un manège sur fond de ralenti (pas été vérifié depuis leur année de production respective, mais il me semble que ces inserts dans le montage de cette ultime séquence de Rage imitait le début de Volte-Face), moment d’épate dispensable (même si pas trop mal fichu), dans un film qui avait jusque là bien digéré le jeu des références.

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Il reste que Rage avait quoiqu’il en soit gagné sur toute la ligne, celui du mérite, déjà, pour Joseph Merhi qui avait réalisé l’un de ses films les plus réussi dans son habit de mécano du cinéma d’action, et puis celui de nous avoir redonné foi en l’honnêteté de la presse , la justice, le courage : l’individu.

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Une tuerie.

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Si l’on se souvient principalement de la Cannon au travers de ses producteurs ou du titre de ses films dont les affiches associaient parfois le nom d’une star hors du commun (Charles Bronson, Sylvester Stallone, Chuck Norris…), l’on détache rarement le nom d’un réalisateur comme symbole de la firme, illustrant quelque part cette idée qui vit le jour au début des années 80, et qui remettait justement à l’honneur, le seul cinéma de producteur.
S’il ne fallait donc en citer qu’un, Sam Firstenberg -peut être le plus doué de l’écurie Golan et Globus- figurerait en bonne place pour porter sur ses épaules les 6 lettres d’un studio qui marqua, à sa manière, toute une décennie dans le cinéma d’action.

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Pour Sam Firstenberg, le début du conte de fée débute en 1983, où, en pleine ninja-mania, les cousins Golan et Globus lui confie les clés de la réalisation de Revenge Of The Ninja, deuxième volet de la trilogie du ninja avec Sho Kosugi, initié par Enter The Ninja de Menahem Golan (1981) et conclu par l’excellentissime Ninja III : The Domination, que dirigea… Firstenberg en 1984, conforté dans son fauteuil de réalisateur par les dirigeants de la Cannon, suite au succès public rencontré par ce second épisode.

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Revenge Of The Ninja, débutait donc au Japon par le massacre de la famille de Cho (Sho Kosugi) par un clan ninja ennemi, affronté et vaincu par ce dernier. Avec l’aide d’un ami américain, Braden, Cho raccrochait les crampons et fuyait aux USA avec sa mère et son jeune fils, Kane, seuls rescapés du carnage.
6 ans plus tard, et sous la tutelle de Braden, Cho était propriétaire d’une galerie d’art qui exposait de petites poupées traditionnelles. Mais sans qu’il ne le sache, ces poupées contenait en réalité de la cocaïne, dont Braden et sa complice Kathy, allaient faire le trafic sur le sol californien…

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Fichu comme un porno méritant, Revenge Of The Ninja lâchait toutes les 10 ou 15 minutes une scène d’action, parfois avec ce non-sens qui risquait au spectateur que deux neurones ne se touchent (introduisant l’ellipse des 6 années écoulés aux Etats-Unis, l’affrontement du jeune Kane contre une bande de gamins, par exemple), mais avec cette volonté certaine qu’aucun ne s’ennuie 1H30 durant.
Et pour ça, il fallait forcément que tout le monde prenne part à l’orgie, et quand j’écris « tout le monde » c’était vraiment à tous les protagonistes du film que l’histoire donnait le change pour casser des bras, jusqu’à la grand-mère de Cho s’en allant affronter le méchant avec tout l’arsenal du ninja à sa disposition (technique de camouflage incluse), dans une hallucinante séquence.

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Ce qu’il y’avait juste à regretter, c’était que les combats du film ne soient pas aussi prometteurs que son introduction, à la violence soudaine et à la chorégraphie martiale efficace (malgré les cadrages approximatifs de Firstenberg), quand trop d’autres viraient à la démonstration du festival des arts martiaux de Paris-Bercy, à l’image du combat final opposant Cho et Braden, dans leurs costumes de ninja.
Toujours est-il que la galerie de méchant était parfaite, exubérante à dire vrai, à commencer par Braden, ninja occidental à qui l’on avait enseigné tout les rudiments de l’assassin de l’ombre, balladant sa tenue dans un attaché-case (comme…Tony Stark!) et se changeait dans les WC (!) pour éliminer rivaux et empêcheurs de tourner en rond (presque comme… Clark Kent!).

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Une première pour Sam Firstenberg, bien sympa donc, de la pure série B, bien soutenu en plus par ce petit côté shooté avec deux trois bouts de ficelles en 48H dans les rues de L.A., des seconds rôles au jeu d’acteur défaillant, une blonde au physique de porn-star des années 80 (que même le gamin de Cho, dans le film, et dans la réalité le propre fils de Kosugi, reluquait du haut de son mètre quarante) et… des ninjas.

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Tout le temps, partout.

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Après Smokin Aces et aujourd’hui The A-Team, il se dégage comme la réflexion que Narc n’était peut être finalement qu’un prétentieux galop d’essai pour Joe Carnahan. Si, comparativement à d’autres polars sortis à la même période, Narc supporte encore la vision, l’ambition de revenir au meilleur du film policier crépusculaire et métaphorique de l’Amérique, était transformé ici en un polar de psychodrame, maniéré et mou.
Peut être conscient que ses arguments étaient trop peu solides pour continuer à explorer le genre dans un revival des 70’s, Carnahan effectuait le grand écart, 4 années plus tard, pour filmer avec Smokin Aces un film d’action dans lequel cohabitait l’esprit insufflé des films de complot post-Kennedy et des éclairs d’hystérie, si significatifs de ces années 2000. Bien que plus fin, dans sa réflexion, que ne laissait supposer un filmage aux confins des univers de Tony Scott et Guy Ritchie (le premier allait d’ailleurs produire The A-Team), Smokin Aces laissait en tout cas le sentiment certain que Joe Carnahan n’avait visiblement pas terminé sa mue. Pas évident donc d’imaginer, à l’annonce de la mise en chantier de The A-Team par le réalisateur, autre chose qu’une énième adaptation de séries TV inoffensive et inepte (exception faite de la vision atypique du Mission : Impossible de Brian De Palma ou de l’exercice sensoriel de Michael Mann sur Miami Vice).
Et pourtant, comme en 2009 où Sommers imposait avec GI Joe la quintessence de l’adaptation d’une ligne de jouet, 2010 aura livré, en plus d’une fidélité à son matériau d’origine, un film d’action inespéré et fracassant.

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Que Joe Carnahan concrétise un rêve de gosse (le facteur promotionnel) ou n’éprouve qu’un relatif intérêt à la transposition d’une série sur grand écran (le dieu dollar) est une interrogation qui fait long feu au vu des 20 premières minutes (dilué dans le générique!), qui marie logique du blockbuster et respect de la caractérisation des personnages du show TV.
De ce générique en forme de prologue ressortait que l’objectif non-atteint, ces dernières années, de l’explosion des frontières entre les deux médias, était ici parfaitement compris par Joe Carnahan. Bien calé dans le contexte de notre époque (l’intrigue prend son essor en Irak, lors du départ des troupes américaines), l’on avait donc droit à toute la décontraction de l’œuvre créée par Frank Lupo et Stephen J.Cannell, et l’énergie burlesque entrevue dans Smokin Aces, débarrassé de toute sa saturation mais toujours sujet à cette accélération si galvanisante. Symbole du dépassement des limites de l’actioner contemporain, la séquence du tank affrontant dans les airs des drones de l’armée US s’imposait comme la plus inédite démonstration de folie vu au cinéma ces dernières années.

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Au sein d’un film animé par le souci d’en imposer par la vitesse (on constatera que dans un souci de cohérence avec cette idée prédominante, Joe Carnahan ne filmera aucune scène d’action sous l’angle d’un ralenti), il était souvent question d’une mécanique de plan (élaboration/exécution) agencé comme une gigantesque construction de LEGO (à ce propos, la scène finale avec ses containers de couleurs bleus, rouges ou jaunes qui dégringolent de partout, est surement la plus belle allégorie sur l’état régressif que peut provoquer les 120 minutes de film) où s’emboitent à chaque fois des éléments phares de la série (la référence à la non-violence de ses épisodes, par exemple).

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Comme dans Smokin Aces et Narc, la permanence des thématiques (manipulation/trahison) et des personnages (idéaliste/corrompu) occupe une place de choix dans The A-Team. Si dans ce dernier, Carnahan n’œuvre plus (et heureusement) pour ne citer que le cinéma de l’autre, les amoureux de la fiction du complot apprécieront qu’il ait conservé la main sur le sujet, et qu’après avoir stigmatisé les agissement occultes de la police et du FBI dans ces deux précédents films, la CIA et l’armée étaient les deux nouveaux corps institutionnels d’où émanait le parfum de la corruption.
Alors que dans Narc et Smokin Aces il était attribué, respectivement, à Jason Patric et Ryan Reynolds les rôles d’hommes de conviction et de droiture, c’était désormais à Llam Neeson et donc Hannibal Smith, de supporter, dans The A-Team, le poids des responsabilités morales.

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Ces croyances, sur lesquelles s’appuient le personnage d’Hannibal Smith et par extension les autres membres de l’équipe (voir l’excellente séquence de la cour mariale), font d’ailleurs de The A-Team un drôle d’objet filmique non identifié dans le paysage actuel du cinéma d’action US, dont la carcasse n’aura jamais trainé autant de cynisme ou de vulgarité crasse à l’écran.
Et s’il lui reste encore du chemin pour totalement maitriser les enjeux du film de manipulation, qui aurait cru que cette déréliction par rapport au genre d’action viendrait un jour du réalisateur de Narc?
Alors pour une fois, il n’est sans doute pas gratuit d’user de la formule consacre de « cinéaste arrivé à maturité™ », pour Joe Carnahan.

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L’histoire : Anciens combattants de la guerre du Vietnam, John Eastland (Robert Ginty) et Michael Jefferson (Steve James) mènent une vie somme toute paisible dans un quartier de New York. Mais à la suite d’une agression par un gang du Bronx, Jefferson est paralysé à vie. Rongé par la colère, Eastland entreprend de venger son meilleur ami et de nettoyer les rues de sa ville…

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« Le vrai pacifisme est viril. En fait, c’est la forme la plus élégante de virilité. Mais si un homme vient et vous coupe un bras, vous ne lui tendrez pas l’autre « .
Dans le texte, c’est du Nietzche revu et corrigé par Peckinpah lors d’une interview par un journaliste qui lui demandait d’où provenait sa fascination pour la violence. Dans les faits, cette réflexion du réalisateur de La Horde Sauvage ferait une merveille de tagline au film de James Glickenhaus, The Exterminator. Son prologue ne se déroule t-il pas durant la guerre du Vietnam, pays qu’une puissance mondiale s’est targué de vouloir pacifier par l’ingérence? N’y voit-on pas la décapitation plein champ d’un soldat US par un officier vietcong en raison du mutisme de Robert Ginty à dévoiler des informations stratégiques, et la réponse quasi-instantanée de Steve James à ce meurtre par l’égorgement de son geôlier?
Pour les personnages de The Exterminator, le retour à la liberté s’acquiert au prix du sang et de la violence et, contrastant avec la vision cauchemardesque du début de film, le générique s’ouvrait sur une magnifique visite aérienne de NY en pleine nuit, sur lequel venait s’accorder en toute paisibilité la chanson « Heal It ».

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De par ces images, Glickenhaus créait ainsi l’illusion d’un retour à la civilisation supposé moins barbare que le maquis vietnamien, et alors que l’agression de Steve James par des loubards livrait au spectateur la certitude de ne visionner qu’un banal film d’exploitation (mais rassurez-vous, d’exploitation, The Exterminator l’est assurément), le futur réalisateur de The Soldier battait les cartes différemment et filmait, dès lors que Robert Ginty devenait The Exterminator, toute la tragédie sociologique d’une mégapole décadente.

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John Eastland n’est donc pas ce prisme que le traumatisme vietnamien aurait d’autant plus altéré, mais se dresse plutôt comme un symbole salutaire aux yeux du spectateur au sein d’un monde apocalyptique. Visiblement, plus rien ne compte pour James Glickenhaus et dans son vérisme recherché, The Exterminator se traîne une allure désespérée, kaléidoscope de la nature la plus noire de l’homme. Même la puissante amitié liant Steve James (à des années-lumières de cette caution morale noire qui émaillera le reste de sa carrière) à Robert Ginty n’échappera pas à l’horreur ambiant, et trouvera une conclusion pour le moins terrible pour l’un comme pour l’autre.

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Tout le paradoxe du personnage de John Eastland écrit par Glickenhaus, aura d’ailleurs été de transformer cette mécanique fragile – l’intermède vietnamien est à ce sujet éloquent – en véritable bête de guerre déshumanisée.
Autopsiant tout ce que la société aura engendré de plus pervers, Glickenhaus donnait donc assez d’armes à Robert Ginty (l’arsenal est hallucinant : du M-16 au broyeur de viandes…) pour éradiquer pédophiles, mafieux, jeunes voyous ou autre lie des rues de NY, et signait son meilleur film comme l’un des meilleurs vigilante-movie réalisé.