Archives de janvier, 2013

vlc-00096

Réalisé par l’australien Bruce Beresford (l’homme qui conquit les oscars avec… Miss Daisy Et Son Chauffeur!), l’action de Money Movers se déroule au pays des kangourous et prend pour cadre une société de convoyage dont le propriétaire, Lionel Darcy (Frank Wilson), est victime d’une lettre anonyme annonçant le hold-up prochain d’un convoyage de 20 millions de dollars.
Pour Eric Jackson (Terence Donovan, on fire), le chef de la sécurité de la société de Darcy, c’est un coup dur : voilà des mois qu’il projetait avec son frère (Bryan Brown) et un autre collègue de braquer le convoi.
Si les trois hommes décident de ne rien modifier à leur plan, celui-ci va malgré tout prendre une tournure à laquelle ils n’avaient pas songé…

vlc-00105

Et là, je fais court. Parce que derrière son statut prétendument ingrat de film d’exploitation, ce qui frappe dans Money Movers, c’est la richesse certaine d’un scénario dont les lignes ne se contentait pas uniquement d’assurer le minimum autour du canevas schématique du genre, mais élaborait, au travers d’une galerie de personnages dépouillé de tout symbole primitif, une narration syncrétique que la convergence des actions allait faire s’achever sur un orgasmique final barbare.
Ce qui rendait donc si foutrement prenant le film de Bruce Beresford, ce n’était pas plus l’élaboration du « coup » comme embryon caractéristique du caper-movie, que la nature des héros du film -révélée ou obscure- qui parfois même, laissait des interrogations terribles sous les yeux du spectateur. J’en veux pour exemple une action de la dernière séquence du film, qui semble bien émettre le lien entre la relation homosexuelle de David Griffiths (Hu Pryce) et Eric Jackson, dans la grande tradition du what if… .

vlc-00111

Si la cohabitation du prolongement psychologique des personnages avec le genre n’a rien de rédhibitoire en soi, elle peut aussi occuper la place d’une ambition risquée pour peu que le réalisateur perde en chemin la considération que son rôle est d’abord celui d’être un catalyseur de l’action. Bonne nouvelle, Bruce Beresford ne commettait pas l’impair de Ben Affleck (The Town), pour prendre un exemple récent de caper movie sacrifié.

vlc-00115

Lorsque était d’ailleurs invoquer la romantisation des rapports homme/femme (dans le film, les acteurs Tony Bonner et Candy Raymond), c’est hors-champ que murissait leur relation, et l’on ne devait le retour du couple à l’écran que pour… une histoire de cul. Jusqu’aux adieux des braqueurs à leurs proches, dilués dans le process narratif dans une courte séquence par un montage parallèle, c’était ainsi tout le modus operandi du film de braquage qui voyait ses cartes redistribuées de façon échevelée, avec ce leitmotiv qu’il fallait retenir l’attention passionnée du spectateur jusqu’au 20 dernières minutes d’un climax nourri à l’agressivité et l’efficacité de son montage (les plan alternant le sas et son absence de son, avec l’extérieur où rugissait une fusillade).

Outrageusement recommandable.

Publicités

vlcsnap-00045

Bien avant qu’il ne s’en aille pour l’amérique rejoindre les producteurs à machine de guerre tels que Irwin Allen (La Tour Infernale) ou Dino De Laurentis (King Kong), John Guillermin cassait la baraque, outre-manche, avec un peu plus d’une dizaines de films pour lesquels il lui arrivait de porter communément autant la casquette de metteur en scène, de scénariste que de producteur.
Alors, particulièrement engagé dans la signature de films aux récits portés par l’histoire militaire de son pays, c’est notamment entre Contre-Espionnage A Gibraltar et Les Canons De Batasi, que Guillermin, en 1962, allait réaliser un petit bijou de polar anglais, Never Let Go.

vlcsnap-00053
Représentant pour une marque de shampoing d’une grande marque de produit de beauté, John Cummings (Richard Todd) voyait son existence bousculée le jour où sa voiture était volée devant les bureaux de son employeur. Licencié parce que plus capable de tenir ses engagements quotidiens auprès des clients sans éviter le moindre retard, sans économies, et obsédé à vouloir récupérer son bien face à l’inertie des autorités, John Cummings décidait de mener l’enquête et portait rapidement ses soupçons sur le propriétaire d’un garage londonnien, Lionel Meadows (Peter Sellers), suspecté d’être à la tête d’un trafic de voitures volées…

vlcsnap-00061
Sûr que le pitch d’un VRP qui pète un câble pour le vol d’une bagnole peut faire sourire de prime abord, mais à replacer le sujet du film dans son contexte d’alors, cette mésaventure du personnage interprété par Richard Todd marquait bien les difficultés des middle-class à évoluer dans une société anglaise secouée par l’austérité et les privations, sans atouts assimilables à quelques signes extérieurs de richesse.
Ici, l’automobile devenait donc autant une assurance à la recherche d’un emploi et sa stabilité, qu’un modèle d’ascension sociale permettant de briller auprès de sa hiérarchie. De fait, l’histoire écrite par John Guillermin et Peter De Sarigny poussait la critique grinçante à faire de Richard Todd un type maladivement obsédé à récupérer son véhicule, jusqu’au mépris de la sécurité de sa propre famille. A cette petite charge en règle contre le monde du travail en Angleterre et l’avilissement des citoyens, il fallait, en plus, un pourri tiré à 4 épingles pour disposer au spectateur d’un univers en état de crise et amorale.

vlcsnap-00050
Echu à un Peter Sellers de génie, le rôle de Lionel Meadows, mafieux local ultra-violent et monomaniaque, allait donc prolonger le sous-texte à Never Let Go, comme métamorphoser le héros malgré lui, comme dans cette scène où le personnage de John Cummings, désormais au placard en attendant son licenciement, allait exploser de colère sur son lieu de travail.
D’ailleurs, quand l’un (John Cummings) ne jurait plus que par sa voiture, l’autre (Lionel Meadows) faisait d’une idée fixe la chute de son adversaire, émettant entre les deux personnages un lien quasi-télépathique illustré lors d’un final imaginé comme un climax de duel de western (sur cette énorme sensation qu’était la musique de John Barry).

vlcsnap-00046
Menée par une réalisation de John Guillermin qui ne ménageait aucun effort à rythmer à 100 à l’heure cette histoire d’un banal vol de voiture, lâchant quelques moments bien sadiques à chaque fois que Peter Sellers entrait dans le champ de la caméra, l’on pourrait très certainement affirmer que Schumacher et son Chute Libre ont emprunté un petit quelque chose au sujet et constat de Never Let Go.
Mais en vérité, peu importe que l’on juge l’analogie pertinente ou pas, car ce qu’il faudra surtout retenir, c’est que Never Let Go de John Guillermin est film à se procurer de toute ur-gen-ce.

vlc-00037

Professeur de cybernétique de renom, Alex Harris (Fritz Weaver) entretient une relation au bord de la rupture avec sa femme, Susan (Julie Christie), pour laquelle il est peu présent. En effet, Alex est le créateur d’un ordinateur animé d’une intelligence artificielle surpuissante, Proteus IV, destiné à la recherche et à l’évolution de plusieurs vaccins pour le milieu médical.
Mais désireux de s’émanciper par delà ses circuits électroniques, Proteus IV émet à Alex le souhait d’étudier l’être humain par l’intermédiaire d’un des terminaux informatiques avec lesquelles il est relié. Décontenancé par le désir de sa machine, Alex refuse. A son insu, Proteus IV défie alors la volonté de son créateur, et pénètre le système informatique de sa maison où il va faire de Susan sa captive, avec pour but : l’enfanter.

vlc-00043

Insensé sur le papier, le pitch de Demon Seed fait pourtant preuve d’un sérieux inattaquable à l’écran.
A partir d’une des thématiques favorites du cinéma d’anticipation des années 70 où la technologie moderne asservirait l’homme, le réalisateur Donald Camell échoppait un huis-clos d’épouvante de tout premier ordre, où l’immense demeure des Harris allait devenir le lieu de toutes les perversions et soumissions pour Susan, sous le regard et le contrôle de Proteus IV.

vlc-00048

Malgré la similarité du sujet avec The Forbin Project (les velléités de pouvoir d’un super-ordinateur), Donald Camell, avec Demon Seed, n’alimentait pas le terrain politique qui fut la pierre angulaire du film de Joseph Sargent, mais se servait autant de l’introduction de l’inconnu d’une menace chez les Harris pour allégoriser sur les principes de foi conjugale (voir cette incroyable scène où Julie Christie annonce à Fritz Weaver la présence de Proteus IV dans la maison, comme un aveu d’adultère), ou sur les méthodes scientifiques menant à l’insémination artificielle (la création d’un enzyme par Proteus IV, reproduisant un spermatozoïde humain !), qu’il étudiait le mécanisme de la peur dans une mise en abime impliquant le personnage de Julie Christie et le spectateur.

vlc-00040

Parce que, bien plus que les théorèmes métaphysiques et autres études sur les rapports de couples qui alimentaient le film, c’était bien l’expression de l’angoisse envahissant la demeure des Harris comme le psyché d’une société cauchemardant sur l’avancée de ses technologies et la représentation de l’élément hostile comme le symbole d’un esprit frappeur hantant la maison, qui élevait Demon Seed au rang de film d’épouvante, bien plus que celui d’anticipation.
Du sinistre score de Jerry Fielding à la métallique voix de Proteus IV dont la première apparition sonore n’était pas loin de glacer le sang, à la lourde atmosphère infestant l’espace fantastique du film, tout concourrait dans Demon Seed a installer le spectateur dans un état d’angoisse inconfortable, comme en atteste le final antéchristien en diable, pessimiste, Kubrickien : superbe.

vlc-00051

Quelques uns se souviendront de sa diffusion dans L’avenir Du Futur, certains d’avoir assouvi une curiosité cinéphilique, les autres vous savez ce qu’il vous reste à faire.

invaders10

Suite des aventures des héros du big-three mieux connu, désormais, sous le nom des Invaders, et qui débutait avec le 10ème épisode de la série introduisant la reprise d’un numéro de Captain America parue dans les années 40 (Captain America Comics #22), là où était attendu la suite de la mini-saga mettant en scène la famille Falsworth.
En résumé, sur le chemin du retour qui ramenait les Invaders, Union Jack et sa fille, gravement blessée, vers un hôpital militaire, l’évocation de « la grande faucheuse » ravivait chez Cap le souvenir d’un combat contre le Grim Reaper…

0ut9qlkj

Fallait-il voir en cette réimpression un subterfuge des auteurs à un numéro n’ayant pu être bouclé selon la deadline promise (le titre ayant désormais le privilège d’une parution mensuelle), la piste est plus que probable, toujours est-il qu’aussi satisfaisant soit l’hommage offert par Roy Thomas à un artiste du golden age (Al Avison), participant ainsi à l’idée directrice de la série (éduquer le lecteur jeune et moderne à tout un pan de l’histoire du comic des années 40), on ne pouvait qu’éprouver un certain sentiment de frustration à la lecture de ce numéro, après l’attente provoquée par le final de « An Invader No More! » (voir la 1ère partie de l’article).
Mais dès les premières pages de « Night Of The Blue Bullet ! » (#11), les dessins de Frank Robbins invoquaient tant de tension (l’espace réduit des cases pour illustrer l’état d’urgence de la situation) et de rythme que l’on était assuré d’une chose : les Invaders étaient bel et bien de retour !

invaders11

Dans ce numéro, pour que survive Jacqueline Falsworth aux blessures infligées par le Baron Blood (The Invaders #9), la Torche, seul donneur compatible avec la victime, se portait volontaire pour que lui soit transfusée son sang… d’androïde !
Pendant ce temps, tandis que le reste de l’équipe découvrait que le sous-sol de l’hôpital abritait les curieux travaux d’un certain professeur Gold, l’on apprenait que Lord Falsworth alias Union Jack était paralysé à vie. Et comme pour tout bon épisode de The Invaders il fallait , et un méchant haut-en-couleurs, et un rebondissement de taille, le professeur Gold –travaillant en réalité pour les nazis- revêtait une armure en forme de rocket humaine pour détruire l’équipe des plus grands super-héros de la seconde guerre mondiale, alors que la fille de Lord Falsworth, conjointement sous la transfusion du sang de la Torche et de celui infecté par la morsure du Baron Blood, acquérait des superpouvoirs !

invaders12
Comptant désormais un membre de plus sous l’alias de Spitfire, les deux numéros suivants (« To The Warsaw Ghetto! » et « The Golem Walks Again! ») emmenaient les Invaders en Pologne à la recherche du frère du professeur Gold : Jacob Gold…stein.
Ainsi, autour du mythe juif du Golem, ces épisodes évoquaient les ghettos de Varsovie comme était soulevé « la banalité du mal », ou la soumission psychologique des hommes et femmes de ces ghettos par le régime nazi (les dialogues entre Cap et Jacob Goldstein).
Et face à un ennemi aussi hideusement grotesque que sans envergure, l’on devait toute la réussite de ces numéros à l’introduction du personnage du Golem, développé comme un « conte & légende » salvateur et chargé de figure, à la résistance juive.

S’ouvrant sur un combat aérien opposant la RAF aux junker nazis, au beau milieu duquel surgissait l’aéronef des Invaders (et une superbe entrée en matière dessiné par Frank Robbins), les numéros 14 et 15 assuraient l’apparition d’un nouveau groupe de super-héros, britannique ceux-là, The Crusaders!

invaders14

On pouvait craindre, à l’évocation d’une telle équipe, que ne soit calqué le même motif littéraire du double dont s’était repait Roy Thomas lors de l’introduction de la Liberty Legion dans Marvel Premiere #29.
En vérité, l’apport des Crusaders (inspiré des héros issus de Quality Comics) sur « Calling… The Crusaders! » et « God Save The King! », allait permettre à Thomas de tisser, notamment, les fils d’une sous-intrigue mettant en jeu Lord Falsworth et un des héros des Crusaders, le minuscule Dynamite.
Trompé par leur mentor (également agent nazi : la 5è colonne, toujours et encore !), les Crusaders allaient, sans se douter, être responsable d’une tentative d’attentat sur sa majesté George VI, finalement déjouée par l’équipe de Captain America.
Se concluant par les interrogations des membres des Invaders au départ soudain de Lord Falsworth, Spitfire et Dynamite pour l’Allemagne, l’intermède d’un annual, qui revenait sur les exploits des héros du big-three dans des strips inédits, dessinés par d’anciennes gloires du golden age (Alex Schomburg, Don Rico et Lee Elias), faisait souffler le lecteur avant que ne débute ces superbes épisodes où il fallait… sauver le soldat Biljo White !

invaders16

Si Jim Mooney remplaçait le temps d’un numéro Frank Robbins à l’illustration (#16), c’est plus que jamais au contrôle de sa création que Roy Thomas allait faire montre, une fois n’est pas coutume (pour toujours et à jamais serais-je même tenté d’écrire !), de sa maitrise absolue de la narration d’un comic-book.
Débutant par la capture par les nazis d’un soldat américain, Biljo White (en réalité, le nom d’un vieil ami de Roy Thomas, rédacteur de fanzine!), soupçonné par le reich d’être en possession de la formule du super-soldat (dessinateur de comic-book dans le civil, White a en effet crée un personnage de fiction, le Major Victory, aux origines identiques à celle de Captain America !), l’épisode intitulé « The Short, Happy Life Of Major Victory » propulsait les Invaders à la rescousse du private White, fait prisonnier à… Berchtesgaden !
Abattu en plein vol alors qu’ils approchaient de la forteresse nazie, les Invaders affrontaient un Master-Man plus puissant que jamais.
Capturés, nos héros allaient , dés lors, faire face à leur plus grand ennemi, un genou malheureusement à terre :

– Cap! Is it really…?
– It is Bucky!
– It’s Adolf Hitler!

invaders17

Articulé autour de ce fameux comic-book dessiné par le soldat Biljo White qui faisait peur au régime nazi et au reich lui-même (et à Roy Thomas ainsi d’invoquer l’analogie avec l’effort de guerre satisfait par les comics dans les années 40), « The Making Of Warrior Woman, 1942! » voyait l’arrivée d’une nouvelle méchante, une officier nazie transformée en montagne de muscle germanique par une reproduction du sérum du super-soldat.
Objet de tous les fantasmes par Frank Robbins de retour à l’illustration, ce dernier la dessinait vêtue d’un corset de cuir, de longues bottes et munie d’un fouet, comme dans la plus perverse des nazisploitation !
Sur le chemin de cette dérive, Adolf Hitler ordonnait le mariage et la copulation de Warrior Woman et du Master-Man, afin que lui soit donné un héritier aryen dans toute sa pureté (« Enter The Mighty Destroyer! », The Invaders #18) !
Dans ce même numéro, le Destroyer (héros de l’ère Timely Comics) luttait aux côtés de Captain America, avec pour conséquence de voir son apparition venir directement se greffer sur la sous-intrigue mettant en scène Lord Falsworth, Spitfire et l’un des membres des Crusaders, Dynamite.
Toute la fascination de la lecture de ces épisodes -s’étalant des numéros 16 à 21- se manifestait par l’orchestration de Roy Thomas à diffracter le récit en une introduction de personnage, de case ou de dialogue, nourris en plus par des cliffhanger proprement hallucinants.
On relèvera ainsi le retour de Union Jack (!!!) dans « War Comes To The Wilhelmstrasse! », ou bien cette dernière page de « Enter The Mighty Destroyer! » dans laquelle, après avoir libéré le soldat Boljo White, le Destroyer et Captain America apprenait que les Invaders était en route pour Berlin afin d’y être exécuté, nous valant ces mots du héros à la star-splanged banner :
« Then… to Berlin ! And if Adolf Hitler has harmed Bucky… or any of the Invaders… By the time we reach them… Then, for the first time in his life… Captain America will commit cold blooded murder!! This I swear! ».
Et du rôle des jeunes Bucky et Toro dans ces épisodes, l’idée était bien évidemment de relever toutes les notions de symbole –de l’inexpérience au courage- que cette guerre menée sur le front par la jeunesse militaire contre le nazisme, représentait.

invaders21
E
ntre revival, hommage et amour passionné de ces super-héros des années 40, dessinés en plein milieu des 70’s, Roy Thomas et Frank Robbins laissait une empreinte définitivement indélébile à tout amoureux du genre.